Mourad et Jedjiga Irnaten, écrivains en tamazight : la continuité assurée



Mourad Irnaten et son épouse Jedjiga forment un jeune couple d’enseignants écrivains en tamazight qui creuse son sillon avec détermination et sérénité dans le domaine de la pédagogie et de l’écriture.

Certes, ils sont encore jeunes, le temps déroule devant eux toute l’étendue de sa générosité, mais déjà, que du chemin parcouru depuis la fin de leurs brillants cursus universitaires tant en Algérie qu’en France. Licenciés en langue tamazight et bardés de diplômes en littérature française, socio-linguistique et philosophie, Ils sèment dans les jeunes cerveaux, due savoir, de la technique et de la culture.

Drapés dans une modestie naturelle qui voile à priori leur potentiel créateur et leur pugnacité à venir à bout de de toutes les entraves qui se dressent sur leur chemin, ils avancent toutefois à grands pas, avec passion et assurance sur la voie de leur noble vocation.

Dévoués aux engagements honorables pour la promotion de la langue et de la culture amazigh, ils font valoir à leur actif des acquis remarquables dans le domaine. Dès leur arrivée à Paris, ils montent une petite entreprise de cours et de soutien scolaire à domicile dans diverses matières en tamazight et en français : l’Académus-Pédagogie et Animation. Ils dispensent aussi des cours de tamazight aux enfants des immigrés, voulant ainsi contribuer à retisser le lien vital de ces derniers avec leur identité mise en péril par l’environnement culturel et l’éloignement de leur pays d’origine.

Trois publications littéraires remarquables exclusivement écrites dans leur langue maternelle prolongent leurs activités innovantes et créatrices. Avec abnégation et conviction ils investissent le combat identitaire avec une efficacité qui se mesure concrètement à la qualité des produits de leur travail, et ce, sans ostentation aucune.

Mourad est l’auteur de « Di lgerrak-k ay awal » que nous traduirons approximativement « Sur la trace des mots » un recueil d’une dizaine de nouvelles dont deux adaptations tirées des œuvres de Guy de Maupassant (Le saut du berger et Le deux) et une autre de Tarek Yacine (Le retour des maures). Il publia également un roman «Ma drus» Quand à son épouse Jedjiga, elle nous gratifie d’un autre recueil de nouvelles dont l’inspiration plonge ses racines dans les méandres de la vie psycho-sociale et politique de la Kabylie, Tiggi macci timucuhas (Celles -ci ne sont pas des historiettes). D’autres livres destinés aux enfants, des contes illustrés et des recueils de poésies sont à enregistrer dans leurs réalisations.

Si notre jeune couple est animé par la bonne volonté et le devoir de servir, il ne reste pas moins que les institutions de leur pays et même les forces démocratiques qui se gargarisent de slogans en faveur du développement de la langue tamazight ne semblent pas leur venir en aide ou leur prêter attention. C’est le cas général pour tous les écrivains en tamazight.

Pourtant il y a tant à faire, tant d’initiatives à prendre pour encourager ces travailleurs anonymes, ces bâtisseurs de l’ombre, à sortir vers la lumière. Il suffit d’y penser, ça ne coûte rien et ça produit des miracles. L’avenir des jeunes générations en dépend. Il faut imposer des quotas de livres en tamazight dans toutes les bibliothèques, dans tous les établissements scolaires et circuits éducatifs, accompagner toute manifestation culturelle d’une exposition de livres, multiplier partout des salons du livre, organiser des lectures publiques etc…

Si l’Etat se refuse à jouer ce rôle pour des considérations idéologiques avérées, il reste que les instances de base, les élus locaux, les associations et les fonctionnaires en postes de responsabilités peuvent déployer ces programmes à leur échelle pour peu qu’ils soient en accord avec l’honneur de leur mère. Les budgets existent, seule la volonté manque, par paresse, par opportunisme ou par la peur d’un pouvoir qui en vérité ne peut plus rien contre l’éveil amazigh qui s’étend désormais sur toute l’Afrique de Nord.

C’est avec tristesse que Mourad Irnaten nous évoque le parcours du combattant auquel sont soumis les jeunes écrivains en tamazight pour faire aboutir leurs projets. Il déplore le recours aux publications à compte d’auteur faute d’éditeurs et de lecteurs potentiels dans cette langue. Fruit d’une politique ségrégationniste quand on sait que le livre en arabe est subventionné et que sa distribution est assurée sur tout le territoire national par les services de l’Etat.

Ces derniers s’échinent depuis des décennies à forcer par tous les moyens l’intérêt des algériens à cette langue exotique dominée par des forces rétrogrades, mais en vain. Les eaux naturelles de notre pays ne peuvent irriguer des racines artificielles. Que des moyens équivalents soient mis à la disposition de tamazight et c’est toutes nos sources qui se mettront à chanter et fleurir le printemps d’une Algérie authentique, humaine et moderne.

Mokrane Gacem

Mourad et Jedjiga Irnaten seront présents au 1er salon du livre amazigh qu’organise le Groupe Berbère Télévision dimanche 05 avril dans ses locaux. 1, rue du marais Montreuil-sous-Bois 93100. Métro ligne 09 Mairie de Montreuil, bus 115 arrêt Charles De Gaule.

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