Moutko, l’homme trouble du Kremlin qui tire les ficelles



Dopage Le scandale du dopage rattrape le ministre russe des Sports, soupçonné d’avoir orchestré le système de tricherie.

C’est l’omniprésent chef des grands chantiers politico-sportifs du Kremlin. Vitali Moutko, ami de longue date de Vladimir Poutine, est sur la sellette. Le ministre des Sports, homme clef des JO d’hivers de Sotchi en 2014 et de la Coupe de monde de football de 2018 en Russie, est au banc des accusés dans le scandale du dopage. Il est soupçonné d’être personnellement intervenu pour «sauver» tel ou tel sportif. Son adjoint, désormais suspendu, a été directement visé par le rapport McLaren sur le système de dopage orchestré au plus haut niveau. Le Kremlin a beau jeu de dire que Vitali Moutko n’est pas cité dans le rapport mais son auteur, le juriste Richard McLaren, a été clair: «Il est inconcevable que Vitali Moutko n’ait pas été au courant.»

Les soupçons couvrent les JO de Sotchi mais aussi les Mondiaux d’athlétisme à Moscou en 2013, durant lesquels le Ministère des sports aurait ordonné de «ne pas publier des résultats de contrôles positifs». L’implication directe de Vitali Moutko n’a certes pas été établie. Le ministre a par contre été clairement mis en cause pour onze cas de dopage dissimulés par les autorités entre 2012 et 2015 concernant des joueurs de football. Une vraie tache sur la crédibilité de Vitali Moutko, qui cumule les présidences du comité d’organisation du Mondial 2018 et de la Fédération nationale de football.

Interdit de JO

Interdit de JO à Rio par le CIO à cause de tous ces soupçons, Vitali Moutko a l’habitude des scandales. Ses notes de frais aux JO de Vancouver en 2010 avaient défrayé la chronique: le ministre avait occupé une suite à 1000 euros et commandé une centaine de luxueux petits-déjeuners. Ces excès à la dépense sont une broutille par rapport aux soupçons de pots-de-vin sur les conditions d’attribution de la Coupe du monde de football. La Suisse a ouvert une enquête, soupçonnant des actes de corruption. Et l’ex-président de la FIFA Joseph Blatter a évoqué un «arrangement diplomatique». L’ombre de Vitali Moutko pèse sur ce dossier.

Le portefeuille du ministre s’étend bien au-delà du sport. Toujours présent à côté de Vladimir Poutine, leurs carrières ayant commencé ensemble à la mairie de Saint-Pétersbourg dans les années 90, Vitali Moutko est avant tout une figure politique. Une grande gueule de simple débonnaire plutôt sympathique qui semble ne pas en mener large. Mais qui, en fait, sait tirer les ficelles.

Depuis le début du scandale du dopage et des premières révélations de la télévision allemande, Vitali Moutko a joué un jeu ambivalent. Evoquant des problèmes mais ne reconnaissant aucune faute. Annonçant des mesures mais s’enfonçant dans le déni.

Tour à tour, Vitali Moutko s’est ainsi dit «honteux» des cas de dopage et prêt à réformer tout le système, quitte à le confier à des responsables étrangers. Mais dans le même temps, il a qualifié d’«attaque délibérée contre la Russie» le dernier documentaire de la chaîne allemande ARD le mettant personnellement en cause et a jugé le système de contrôle britannique aux JO de Londres «pire» que le russe.

En bon patriote au service de la rhétorique nationaliste du chef du Kremlin, il a aussi agité la thèse du complot américain contre la Russie. Sur l’absence d’athlètes russes à Rio, il a lancé cette phrase, désormais reprise en boucle par les télévisions publiques: «C’est pratique d’éliminer un concurrent important et de souiller l’image d’un pays.»

Pas de démission en vue

Le ministre a aussi été en tête dans les attaques contre les «lanceurs d’alerte», notamment Grigory Rodchenkov, ancien patron du laboratoire russe antidopage, désormais réfugié aux Etats-Unis, qui est à l’origine des révélations du rapport McLaren. Mais, rejetant toute rumeur de démission, Vitali Moutko est sûr de lui. D’autant plus qu’il sait que Vladimir Poutine, en bon ex-agent du KGB, ne veut pas abandonner ses amis. Et ne peut pas: si, comme Grigory Rodchenkov, le ministre était un jour remercié par le Kremlin et déménageait à l’Ouest, n’aurait-il pas à son tour beaucoup de choses à raconter sur le système politico-sportif russe?

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Nikita Robert

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