Musique berbère : un festival à… Paris



Le premier « Festival international de musique berbère et d’ailleurs » (FIMBA) sera abrité ce weekend par le parc floral de Paris.

Ce festival entend donner plus de visibilité à la chanson amazighe. Une chanson qui dans sa variante Kabyle a connu de nombreux succès internationaux. Des chants berbères et d’autres cultures vont raisonner le plus beau cadre floral de la capitale française. Paris la trentaine d’artistes programmés plusieurs connaissent déjà une grande notoriété. Idir, qui n’est plus à présenter, Dania Ben Sassi, l’étoile libyenne, Khalid Izri, issu du Rif marocain et bien d’autres. Si le festival vise à faire connaître encore plus la chanson berbère, il s’ouvre à d’autres apports musique celtique, Bretonne,…Pour les organisateurs il s’agit de prendre appuis sur un soi profond et d’aller vers les autres, «découvrir et de se laisser découvrir» voilà le leitmotiv de l’initiative.

A l’origine du festival se trouve le groupe média BRTV. Mohamed Sadi, son président, continue sur une lancée déjà bien engagée. Le Salon du livre amazigh, qu’organise son groupe en est à sa quatrième édition. Cet été, toujours dans la capitale française, il a organisé le premier festival international du film berbère. Cela ne laisse pas indifférent. S’il suscite du respect chez beaucoup, il ne manque pas de provoquer interrogations et parfois suspicions chez d’autres. La conférence de presse organisée mardi 24 septembre conjointement avec le chanteur kabyle Idir et l’artiste rifain Khalid Izri a permis d’aborder des questions en rapport avec le FIMBA, de revenir sur l’état de la revendication amazighe (identitaire, culturelle, linguistique,…) et enfin de s’intéresser à la visibilité de plus en plus grande du groupe média BRTV.

L’amazighité au cœur de l’identité Nord-africaine

Au cours des années 1970, la chanson moderne kkabyle avait émergée comme un vecteur de la revendication identitaire, linguistique et culturelle. Les conférenciers l’ont rappelé pour souligner qu’un fait similaire se reproduit actuellement. A une échelle plus grande, le phénomène semble se reproduire. Cette à l’échelle de Tamazgha. Ce vaste territoire qui s’étend des iles Canaries à l’oasis de Siwa, de la méditerranée aux profondeurs sahéliennes qui atteignent le Niger et le Burkina Faso. Une grande étendue : Tamazgha. La chanson moderne kabyle a porté les attentes d’une jeunesse qui attendait la reconnaissance de sa la langue et de sa culture auxquelles les états nord-africains n’ont opposés que mépris et dédain. Pourtant la chanson Kabyle a accédé à une reconnaissance internationale. C’était là un motif légitime de fierté et d’orgueil être reconnu malgré l’adversité des siens. Cette expérience a montré que se ressourcer au plus profond de soi permettait d’avoir l’assurance qui permet de s’ouvrir et d’aller vers les autres. Cette épopée partait d’un sentiment de révolte devant le déni qui touchait l’identité amazigh. Idir, l’auteur de «Vava inouva», a eu une illustration forte de cet état de fait : «je ne pouvais ni comprendre ni me résoudre à ce que ma mère, qui a souffert dans le combat pour la libération, dépendait de mon intermédiation pour comprendre l’actualité de son pays et de son État. Ce déni m’était incompréhensible et insupportable.»

L’amazighité : identité meurtrie

Le rappel de l’état des choses dans les années 1970 n’a été fait que pour illustrer la sitaution du moment présent. La musique et la chanson continuent d’être ce vecteur privilégié de manifestation de la quête identitaire amazighe. Idir la dit aujourd’hui décomplexée. « La particularité de chacun alimente la diversité qu’est l’unité amazighe ». De son côté Khalid Izri, qui décrit le même déni pour ce qui est du Maroc, souligne que nous assistons à un basculement. « Aujourd’hui le fait Amazigh est une transcendance des frontières. Les différences qui marquent nos peuples sont celles que l’on retrouve dans une famille et qui singularisent les membres de la fratrie ». Tamazgha est révélée par les conférenciers comme un continuum surement segmenté, mais en aucun cas fragmenté. C’est comme si un vieux rêve, enfoui depuis tellement longtemps, renaissait de l’exposé des conférenciers. Une unité Nord-Africaine qui célébrerait sa diversité et ses différences. C’est loin d’être un pari de fou, surtout au vu de la conviction qui se dégage de l’argumentaire d’Idir, Khalid Izri et Mohamed sadi. Ils nous encouragent à observer les traits communs qui rejaillissent des manifestations de Lybie, du Maroc, d’Algérie, à voir ces couleurs communes qui bariolent l’emblème populaire fédérateur, ce signe de ralliement dans les luttes, Blue (méditerranée), vert (bande littorale) et jaune Sahara et Sahel), frappé d’un Z amazigh, rouge qui dit le fond identitaire commun.

Pour Idir, l’unité nord-africaine, l’unité amazighe, « est masquée par les frontières établies par un dominateur que nous n’avons pas convié chez-nous ». Il renchérit, l’héritage colonial français a été récupéré par les pouvoirs nationaux qui l’ont, non seulement, endossé, mais aussi consolidé par l’imposition de l’arabisme, « une gangue idéologique niveleuse et uniformisatrice ». Mohamed Sadi, parlera longuement de la fierté d’être algérien, tout en soulignant que cela va encore avec la douleur de l’Amazighité déniée et marginalisée. « Je conçois qu’il faille se battre pour ses conceptions économiques, politiques, pour les questions liées à la gestion de la cité. Mais, je ne peux concevoir qu’il faille lutter, encore, pour être nous-mêmes ! Notre être « devrait aller de soi ».

Une diaspora une donne nouvelle

Aujourd’hui, une diaspora amazighophone est implantée dans des pays telle la France, la Belgique, le Canada, les USA… C’est là une donnée nouvelle qui n’existait pas durant les années 1970. Elle dote la culture et à la langue Tamazigth de points d’appuis et d’ancrages supplémentaires.

Tamazight est désormais une langue de France, de Belgique du Canada ou des États-Unis d’Amérique. Des locuteurs amazighs, citoyens de ces nations, accèdent au droit de promouvoir leur langue. Alors que dans leurs pays d’origine Tamazight continue de subir un ostracisme et marginalisation. Ailleurs, où elle vient juste d’arriver, elle accède à de nouveaux droits, de nouveaux espaces d’expression. « Comment comprendre que des groupes internationaux, Microsoft, Facebook, et d’autre, intègrent à leurs systèmes la langue Tamazight, alors que ses États lui refusent les moyens de son développement. Lui dénient tout statut national ou institutionnel ». En France, elle est la seconde langue parlée après la langue française. Cela est pris en compte par les pouvoirs publics Français. Dans les pays d’Afrique du Nord, quand elle est reconnue langue nationale on refuse de l’instituer langue nationale ou on cherche à lui imposer une transcription dans les caractères arabes. La donne diasporique ne joue pas encore suffisamment, mais les conférenciers y voient un levier qui va permettre des avancées certaines.

L’engagement de BRTV

Présent sur de nombreux évènements culturels, et le plus souvent en tant qu’initiateur, le groupe média BRTV ne s’est pas attiré que des félicitations. «Pourquoi cette omniprésence évènementielle de BRTV ? Ne serait-elle pas une (vorace) stratégie lucrative ?» S’ajoutent des interrogations sur l’existence (ou pas) d’accointances politiques.

La réponse de Mohamed Sadi s’est faite en deux temps

D’abord sur l’aspect lucratif. Le président du Groupe, avec une certaine subtilité, a suggérer de rapporter le poids économique du groupe média à sa propre profondeur financière personnelle. La réussite de cet homme d’affaires, qui a pignon sur les champs Elysées, est publiquement connue. «BRTV n’a jamais sollicité la moindre subventions d’un État. Kadhafi avait souhaité entrer en contact avec BRTV, nous avions décliné l’invitation…»

Le second volet est celui de la présence de BRTV sur le terrain de l’initiative. La réponse a fait l’unanimité parmi les conférenciers, « ce qui est à déplorer ce n’est pas qu’un groupe médias prenne sur lui de type d’initiative, mais que, de façon regrettable, le nombre et la diversité des initiatives soit encore en deçà des attentes et des exigences ». Pour les aspects politiques, la volonté d’ouverture du groupe, sa détermination à traduire la pluralité qui marque nos sociétés et la diversité d’opinions qui la traversent ont été avancées comme réponse.

Le Groupe médias BRTV semble porté par la lame de fond qui se manifeste en Tamazgha, de Djebel Nefoussa aux régions du Rif, en passant par les Aurès, le M’Zab et la Kabylie. Elle va même plus loin, puisque des projets de productions amazighes sont à l’étude avec une chaine de télévision du Niger. Comme quoi la profondeur sahélienne n’est pas en reste.

Des ambitions affichées

La première édition du FIMBA ne s’est pas encore déroulée, qu’il est déjà question de deuxième édition. « Elle sera plus représentative de ce qu’est la musique amazighe », y prendront part, et cette fois sur trois jours, d’autres artistes qui cette fois, faute de temps, n’ont pas pu se joindre à la manifestation. Comme c’est le cas des chanteurs et musiciens des régions Sahariennes et Sahéliennes.

Les cultures, les langues et les patrimoines Amazighs ont tout à gagner à ce qu’une émulation s’installe dans le domaine de la production et de la promotion culturelle. Tous ceux qui ont à cœur de faire vivre les constituants de nos identités, et d’abord son substrat commun amazigh, ne peuvent que saluer les initiatives déjà engagées et qu’appeler à d’autres, encore plus ambitieuses. Alors souhaitons grandes réussites à la première et à la deuxième édition du FIMBA et vivement d’autres initiatives…

M.B

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