Naïma Salhi de A à Z….



Un article très intéressant paru sur le journal francophone El Watan que nous reproduisons, une analyse d’une « personnalité politique » pas comme les autres, pétrée d’ambitions, de contradictions  et d’opportunisme mais peu de compétences.  

La députée fête en ce mois de mars le 4e anniversaire de sa formation, le Parti l’équité et la proclamation, le PEP, sorte d’ovni islamo-populiste dans le paysage politique algérien. Tête de Turc des réseaux sociaux, cliente favorite des plateaux télés, Naïma Salhi fait-elle de la politique ? Avis forcément partagés.

A comme ambition

La présidente du parti El Adl wa el Bayane (Parti l’équité et la proclamation, le PEP), Naïma Laghalimi Salhi, ne s’en est jamais cachée : elle ne compte pas être «une personne ordinaire». Sur un plateau, elle a même confié avoir divorcé de son premier mari «parce qu’il n’avait pas les mêmes ambitions» qu’elle. «Mon ex-mari ne faisait pas d’effort pour être meilleur que ce qu’il était. C’est aussi pour cela que j’ai sauvé mes enfants en les éloignant de leur père.» A 49 ans, cette mère de 5 enfants, née à Annaba, déjà diplômée en sciences islamiques, prépare un magistère dans la même filière. Elle est également cadre, enseignante et députée.

B comme Bouteflika

Naïma Salhi a une obsession : Abdelaziz Bouteflika, qui ne le lui rend visiblement pas. A la Présidence qui l’avait invitée à la cérémonie de célébration de la Journée internationale de la femme du 8 mars, organisée par l’UNFA, elle a immédiatement reçu cela comme un geste de son chef d’Etat préféré. «Je m’excuse, Monsieur le Président, de ne pouvoir accepter votre invitation car, à mon avis, conformément à la politique d’austérité décidée et face à la crise financière que traverse le pays, je propose à Votre Excellence de ne pas dépenser ces fonds dans des festivités occasionnelles et coûteuses, mais de les engager plutôt au profit des personnes aux besoins spécifiques et aux familles nécessiteuses.»

En 2013, elle parlait déjà de lui comme d’un «ami» : «Je l’ai soutenu lors de ses deux premiers mandats et aidé à faire passer le texte sur la réconciliation nationale, et ce, malgré les réticences de l’institution militaire et des services de sécurité. Lors du troisième mandat, il était clair qu’il n’avait plus la même énergie, la même volonté. J’ai compris que ce mandat serait celui de trop. Mais je n’ai pas osé le lui dire. Malgré tout, je pense que l’amitié ne doit pas nous aveugler.»

C comme contradiction

De l’islam, Naïma Salhi retient ce qui l’arrange. Parmi les islamistes – qui sont pourtant de son bord –, certains ne veulent carrément plus lui parler. «Alors que l’islam ordonne à une femme de ‘modérer sa voix’, elle est toujours en train de hurler», confie l’un d’entre eux, pendant qu’un autre lui reproche sa tenue «trop bling bling». Quant aux femmes politiques, elles lui reprochent essentiellement «un comportement inapproprié». L’intéressée classe l’affaire : «Tout cela n’est que de la jalousie.» Pour ceux qui l’ont fréquentée au sein du PEP et en sont partis depuis, Naïma Salhi est une «véritable girouette» qui n’hésite pas non plus à se retourner contre… ses ex-militants.

D comme démission

La présidente du PEP fait face à une série de démissions depuis la mi-mars au sein de la section politique de Constantine. Bien sûr, Naïma Salhi a immédiatement évoqué la thèse du complot. «Un parti, dont je ne citerais pas le nom, tente de déstabiliser notre formation politique à travers des opérations de soudoiement. Plusieurs cadres se sont vus proposer des sommes alléchantes afin de quitter le PEP pour rejoindre les rangs de cette formation adverse qui leur fait miroiter également la possibilité de se présenter sous sa bannière aux prochaines échéances électorales.»

F comme facebook

L’autre obsession de Naïma Salhi après Bouteflika, c’est facebook, qu’elle cite même sur les plateaux télé. Il faut dire qu’elle y subit une véritable campagne de lynchage et elle a même averti qu’elle irait en justice si les insultes se poursuivaient, car cela va à l’encontre du «climat fraternel» qu’elle veut instaurer sur sa page officielle et ses comptes sur la Toile. A sa décharge, la députée se sert aussi largement des réseaux sociaux pour régler ses comptes. Son compte a été fermé ? Elle ne peut être que «la cible du lobby sioniste, donc du Mossad israélien».

L comme lion

Sur la page officielle du PEP, Naïma Salhi est comparée à un «lion majestueux» afin de symboliser son engagement et ses luttes menées sur plusieurs fronts. Pourtant, certains militants islamistes sont contre ce genre de montage. «Nous sommes militants, mais avant tout musulmans. On idolâtre Allah et non pas Naïma Salhi. Les photos-montage qui la comparent aussi à un diamant souillent le message du parti», explique un militant du PEP.

M comme mixité

La députée qui n’a peur de rien ne craint surtout pas les amalgames. Pour elle, les enlèvements et assassinats d’enfants n’ont qu’une cause : la mixité dans les écoles. «Au rythme où vont les choses, c’est toute la société qui risque d’être détruite en raison de l’incapacité de l’école algérienne à éduquer», explique-t-elle. Le PEP, qui plaide pour la séparation des filles et des garçons à l’école, est aussi pour la peine de mort.

O comme opposition

«Complice des grandes catastrophes qu’a connu l’Algérie», l’opposition est la bête noire de Naïma Salhi qui, dès qu’elle en a l’occasion, l’accuse de tous les maux. «L’opposition travaille pour accaparer les biens des Algériens, comme elle l’a toujours fait. Aujourd’hui, l’opposition veut soit rétablir ce qu’elle avait ou s’enrichir davantage.» Elle accuse également Louisa Hanoune, Khalida Toumi, Zohra Drif et d’autres personnalités politiques d’avoir fait preuve de «laxisme» au moment où il fallait montrer détermination et courage.

P comme perles

Le moins que l’on puisse dire est que la présidente du PEP est une adepte des petites phrases qui mériteraient de figurer dans un recueil de perles. «L’homme a besoin de plus d’une femme» ; «Je suis une femme extrêmement soumise à mon mari» ; «Bouteflika m’a raconté pendant plus de deux heures ses soucis et ses espoirs»… Dans une interview, elle a avoué qu’elle ne vise pas le «poste de ministre car c’est trop peu» et se sent capable de diriger «dix pays en même temps !»

S comme soumission

A défaut de faire parler de son programme, Naïma Salhi sait exister par ses sorties médiatiques. Une de celles qui ont fait le buzz : la célèbre «je suis vouée et soumise à mon mari». «Je forme un vrai couple avec mon mari, nous sommes exemplaires», a confié sur un plateau la chef du parti islamiste. «Mon époux me fait totalement confiance et ne m’interdit aucun de mes mouvements. Je suis libre d’aller où je veux. Il m’encourage dans ce que je fais. Ceci dit, ça ne m’empêche pas de lui rendre des comptes et de lui signaler ce que je fais en temps et en heure.» Dans une autre émission sur la chaîne El Bilad TV, au présentateur qui l’interroge sur ses positions favorables à la polygamie, elle répond : «Dites-vous que si j’ai proposé cela, c’est parce qu’il y a de nombreuses personnes dans mon parti qui réclament la polygamie.

Et même si ma fille est contre la polygamie, je lui ai dit : ’Si ton mari n’est pas satisfait et qu’il décide d’aller vers le haram, c’est de ta faute’. La polygamie est une solution. J’ai deux filles et je leur ai bien expliqué pourquoi c’est important.» Pour sa part, Nordine Azzouz, directeur de la rédaction de Reporters, fait remarquer que «Madame Salhi est, avec d’autres (Asma Benkada du FLN par exemple) une représentation vivante de l’idéologie dominante (oui oui) en Algérie : elle est voilée mais assez coquette pour passer pour la sœur ou la belle-fille idéale qui n’hésitera pas, si on le lui demande ou si des vents islamistes plus mauvais soufflent sur le pays, de passer sans rechigner au niqab ou au djilbab…

Elle défend la polygamie par conviction religieuse et certainement en conformité avec la conception très populaire qu’ont les religieux des solutions à la crise actuelle du marché matrimonial dans notre pays. ‘‘Plutôt qu’une maîtresse, une seconde épouse’’, voire plusieurs, recommande-t-elle en parfaite connaissance des affinités socioculturelles du pays profond. Nous vivons une époque politique formidable ! Naïma en est la preuve.» De son côté, un journaliste politique résume : «Naïma Salhi traite souvent de choses inutiles qui renforcent les tendances rétrogrades de notre société. Au lieu de défendre la femme, elle développe un discours masculin figé. Elle s’attaque souvent aux autres femmes politiques au lieu de fédérer leurs forces et de changer les choses en ce qui les concerne.»

V comme voix de son maître

Jamais trop loin du discours officiel sur la «stabilité», Naïma Salhi ne manque jamais de rappeler que l’Algérie a plusieurs ennemis qui «cherchent à tirer profit de l’instabilité de la région pour entrer dans le pays». Selon elle, il faut décupler de vigilance car «la stabilité et la paix sont les seuls garants de tout développement». Et, au passage, saluer «les efforts de la diplomatie algérienne et ses efforts pour trouver des solutions aux problèmes et conflits» qui nous entourent.

W comme wali

Naïma Salhi a réitéré, samedi dernier à Beni Slimane (Médéa), son opposition de la suppression de l’institution du wali-tuteur dans la conclusion du mariage, estimant primordial le maintien de cette disposition dans le code de la famille. «L’institution du wali doit demeurer un principe fondamental et inchangé du code de la famille» précise-t-elle, soutenant que «toute atteinte à ce principe expose la femme et, à travers elle, toute la société, à des périls et la prive d’une condition essentielle susceptible de protéger sa dignité et défendre ses intérêts».

Z comme (politique de) Zouleikha

«Il n’est pas sûr que Madame Naïma Salhi ait un programme ou qu’elle dispose de réponses sérieuses aux graves questions auxquelles le pays est mis en demeure de répondre pour résoudre ses graves problèmes politiques, économiques, sécuritaires, sociaux, etc.», commente encore Nordine Azzouz. Naïma Salhi fait au moins l’unanimité chez les journalistes politiques.

«Naïma Salhi fait de la communication et non de la politique. Son programme n’a pas de vision ni de visibilité, il n’est pas clair. Qu’a-t-elle prévu pour la culture, l’environnement, la sécurité ? Elle parle plus de sa vie que des activités de son parti qui est censé être une force de proposition», analyse un éditorialiste francophone. «Naïma Salhi fait tout et son contraire, mais jamais de la politique. C’est sa politique à elle», ironise Nouredine Khelassi. «Mais comme on est depuis longtemps dans Carnaval fi dechra, elle est dans son rôle !»

Algerie360.com

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