Né de la collaboration d’une auteure et d’un jeune photographe: “Terre de Mars”, un livre captivant sur le Sahara



Après un séjour dans le grand Sud algérien est née l’envie de Youcef Braou, jeune photographe et grand amoureux de la nature, de dédier un livre en langue arabe au Sahara, sa beauté, sa singularité, et à son peuple. Dans une langue riche et poétique, sa collaboratrice, Fatiha Madrous, a réussi à rapporter toutes les impressions du jeune photographe, les expériences qu’il a vécues et les profonds questionnements qui en ont résulté. Youcef Braou dira à ce propos dans la préface de son livre Ard El-Marikh (Terre de Mars, publié à compte d’auteur), que ce séjour l’a bouleversé, tant la beauté et l’étrangeté des lieux l’ont subjugué. Il ajoutera même que ça lui a permis de “contempler et apprécier ce que Dieu a créé, de Le remercier de nous avoir doté d’un cerveau afin de que nous réfléchissions aux choses de ce monde”.

Mêlant poèmes et prose, cette œuvre contient de nombreuses photos accompagnant les trois chapitres du livre. Dans la première partie, l’auteur nous explique que le Sahara évoque pour lui un refuge, le seul endroit sur terre où il pourrait oublier ses malheurs, sa tristesse. Cette terre rouge est la seule à pouvoir le consoler, le rendre heureux. “Ô Sahara, tu es mon amour et mon refuge, j’ai fui le temps pour venir jusqu’à toi. Tu m’as accueilli les bras grands ouverts, et maintenant je viens vers toi dans le but de trouver mon salut, ton amour me sauve, et mes problèmes ne s’en iront que grâce à toi”, clamera-t-il au tout début du premier chapitre.

Il nous présente ensuite Tamanrasset, ses oasis, ses sommets rocheux, comme le majestueux Assekrem, ainsi que le Hoggar et ses paysages de basalte et de porphyre. Il nous évoque par la suite une des figures féminines les plus emblématique de notre pays et du Sud, Tin Hinan, la reine des Touareg, à laquelle il rend hommage et rappelle le rôle qu’elle a joué dans la sauvegarde de notre culture et de notre identité. Elle a réalisé ce que des hommes n’ont pu faire, dira-t-il, grâce à son courage, sa détermination et sa force. “J’ai voulu revenir au commencement, à la naissance de notre société, à la force et à la sagesse, et je n’ai trouvé qu’une femme, Tin Hinan.” Il nous renseigne par la suite sur le statut de la femme dans cette société ancestrale et la position qu’elle y occupe.

Étant donné que la société targuie est essentiellement matriarcale, la femme y est dès lors respectée, valorisée, et devient somme toute indispensable au bon fonctionnement de ce microcosme. L’auteur indiquera à ce propos que “la femme targuie occupe une place considérable dans sa société, car elle aide l’homme dans ses moments les plus difficiles, elle est aussi indispensable à son entourage et à ses proches, la société targuie ne peut dès lors être qu’une société matriarcale”.

Si l’on pouvait évoquer une seule qualité du peuple touareg, l’hospitalité serait indéniablement la première. Ainsi, l’écrivain, à travers la plume de Fatiha Madrous, a voulu saluer ce peuple si simple, mais animé d’une bonté et d’une générosité inégalées. Car leur vraie richesse résiderait finalement dans leur amour pour leur terre, leurs traditions et leurs coutumes. Le lecteur découvre par la suite les plats phare de cette région, comme le sfouf, un mélange de dattes concassées et mélangées à du lait caillé et de l’orge, le pain cuit sous terre, sans oublier l’un des symboles de cette culture millénaire, le thé targui, que le jeune Youcef aura eu le plaisir de savourer.

Le lecteur aura par ailleurs l’occasion d’apprécier les nombreux clichés pris par le jeune photographe à la fin du livre, mais nous regretterons néanmoins la qualité des photos, qui ne rendent malheureusement pas justice à toute la beauté de cette terre, si bien nommée “Terre de Mars” par le photographe. L’effort est néanmoins louable, et la démarche de ce jeune ne peut être que saluée.

Yasmine Azzouz
Terre de Mars, de Youcef Braou et Fatiha Madrous, 120 pages, 2015

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