Neuf mois de bonheur, une misère éternelle



Mhend est peut-être le plus malchanceux de tous les êtres humains sur terre. Il a vécu uniquement neuf mois de bonheur quant il était dans le ventre de sa mère. On dirait qu’il avait pressenti tous les malheurs qui lui arriveraient dans sa vie. Il ne voulait pas naitre. Il voulait profiter de la tendresse maternelle. Il criait de toutes ses forces. Il se débattait et manifestait une incroyable résistance pour un bébé de neuf mois. Les sages femmes ont dû unir leurs forces pour le déloger. Sa mère à laissé sa vie en lui donnant naissance car l’accouchement était difficile, surtout avec des sages femmes insensibles et sans aucune conscience professionnelle.

Son père, un pauvre ouvrier, s’est remarié avec une marâtre qui détestait Mhend dés les premiers jours. Son père était souvent pris par son travail. Alors, il grandissait dépourvu de toute affection. Quelques fois, il recevait même des coups de la part de sa méchante marâtre. A l’âge de six ans, on lui donne un vieux cartable et on lui intime l’ordre de rejoindre les bancs de l’école. Mais, il n’arrive plus à s’y adapter. L’école devient pour lui un calvaire. Il fait souvent l’école buissonnière avant de la déserter complètement.

Il quitte l’école à l’âge de quatorze ans, après avoir redoublé de classe à plusieurs reprises. Fatigué d’errer à longueur de temps dans les ruelles de son village d’At Ulac, il décide de chercher du travail. Sans instruction, sans formation et sans diplôme, il ne trouve que des travaux manuels, pénibles et mal rémunérés. Dépité par tant de misère, il décide de tenter sa chance à l’étranger. Mais, toutes ses tentatives furent vaines. Tantôt, il est trompé par les passeurs, tantôt, il est intercepté par les garde-côtes…A chaque fois, il y’a un obstacle qui surgit et entrave son projet d’évasion.

Désespéré, il décide de mettre fin à ses jours mais encore une fois, il échoue dans ses macabres intentions. A chaque fois, il y’a un imprévu qui fait tomber son projet à l’eau à cause de son manque d’intelligence. Ses plans sont toujours mal planifiés. Une fois, il a choisi la branche d’un arbre qui s’est cassé, une autre fois, il a choisi un champ gardé par un chien méchant. Bref, après sept essais infructueux, il abandonne la piste du suicide.

Désirant une bru pour l’aider dans ses taches ménagères, sa marâtre insiste auprès de son mari pour qu’il pousse Mhend à se marier. Après un harcèlement régulier, Mhend accepte de se marier. Après une vingtaine de vaines tentatives, il trouve une ogresse dépourvue de charme, illettrée comme lui, dénuée de féminité, de douceur et de tendresse. Après trois mois de non-vie commune, Mhend a voulu la répudier mais sa marâtre s’est opposée farouchement. Elle ne voulait pas se séparer de sa machine à laver, sa cuisinière et sa femme de ménage. Mhend s’est retrouvé confronté à deux fronts solidaires. Son père est soit absent ou indifférent à ses tourments. Il est obligé de courber l’échine.

Pour évacuer son trop plein de stress qui lui a joué maintes fois de vilains tours, Mhend essaye de transformer ses soupirs en vers. Il arrive à trouver les mots forts et justes qui expriment agréablement ses états d’âme et les tourments de ses amis. Encouragé par ces derniers qui décèlent en lui un grand talent caché, il récite ses poèmes durant les fêtes du village. Encouragé par son succès, il participe dans les différents festivals de poésie organisés par les multiples associations culturelles qui activent à travers la Kabylie.                                      Aujourd’hui, Mhend retrouve le sourire et un peu de bonheur. Il se sent soulagé, moins stressé, plus détendu grâce à la thérapie que lui apporte la poésie.

Par Hammar Boussad.

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