Nuit Debout : déjà un mois de mobilisation pour « les indignés » français



Depuis le 31 mars, le mouvement Nuit Debout campe jour et nuit sur la place de la République, en plein cœur de Paris. Il s’est également installé dans le paysage politique. Le mouvement né fin mars s’est d’abord appuyé sur la mobilisation contre le projet de loi El Khomri sur le travail, du nom de la ministre du Travail du gouvernement de François Hollande. Mais il a rapidement débordé ce cadre. Cinq ans après les expériences d’Occupy Wall Street aux États-Unis ou du 15-Mai (15-M) en Espagne, l’Hexagone assiste à la naissance du mouvement des « indignés » français .

Grand forum public en plein état d’urgence

L’essentiel se passe donc sur la place de la République à Paris, au nom symbolique et lieu traditionnel des départs des manifestations syndicales. Toute la journée et souvent tard dans la nuit, les participants se pressent sur la place qui est devenue un vaste forum public où sont discutés à l’infini les grands problèmes qui traversent la société française.

Les revendications sociales sont au premier plan mais tous les problèmes sociétaux que traverse la France animent les très nombreux débats. Pas de leader à ce mouvement, et chacun des participants est à égalité avec les autres. Les nuits de débats sont parfois ponctuées d’affrontements avec les forces de police.

De nouveaux incidents ont émaillé entre hier et ce matin la dernière séance du mouvement. Vers 1h30, les forces de l’ordre ont essuyé des jets de projectiles, notamment de bouteilles, à l’angle de la rue du Faubourg du Temple, avant de répliquer avec du gaz lacrymogène pour réinvestir la place de la République. Des échauffourées avaient déjà eu lieu dans la journée de samedi, alors que la préfecture de Police de Paris avait pris un arrêté interdisant la consommation d’alcool, les nuits de samedi et dimanche aux abords de la place.

Le mouvement fascine les médias, interroge l’opinion et divise la classe politique. Alors que des personnalités de gauche encouragent ce mouvement, d’autres durcissent le ton, rappelle Le Figaro : « Il faut le tolérer mais l’encadrer », juge le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. « Tant que c’était bon enfant, on pouvait tolérer, mais depuis quelques jours la violence s’est invitée, a-t-il dit. Dénoncer n’est pas interdire ». La droite, elle, s’insurge. Pour le président (LR) de la région Paca, Christian Estrosi, « c’est irresponsable ». « Nuit Debout va totalement à l’encontre de l’état d’urgence », lié aux attentats terroristes sur Paris et que le gouvernement vient de prolonger de six mois. Idem pour François Fillon « choqué » par ce mouvement « toléré » en plein état d’urgence.

Crise des partis « de gouvernement » traditionnels

Parti de Paris, le mouvement « Nuit Debout » a vite essaimé dans d’autres villes de l’Hexagone, comme Marseille, Toulouse, ou Rennes. Il a su mobiliser beaucoup de jeunes et de sans-emploi. Il reste que le mouvement tend à s’essouffler et ses animateurs parient sur la convergence, le 1er mai, de la manifestation traditionnelle syndicale qui sera beaucoup suivie cette année, avec leur mouvement, bien évidemment sur la place de la République.

Qu’il débouche ou non, le mouvement « Nuit Debout » a par son succès souligné deux phénomènes importants. Tout d’abord, la jeunesse française, que l’on croyait réduite au découragement du fait notamment d’un chômage important qui la touche, grade sa capacité de mobilisation. Mais ce mouvement est également une preuve supplémentaire de la crise de crédibilité que traversent les formations politiques traditionnelles françaises.

Le Parti socialité, Les Républicains de Nicolas Sarkozy et les centristes qui alternent au pouvoir se révèlent tous incapables de faire sortir le pays d’une absence de croissance (promesse d’une croissance de 1,2% en 2016) et donc de résoudre un chômage endémique et la perte de pouvoir d’achat sensible dans les classes populaires mais aussi dans les classes moyennes. Cette crise de crédibilité des partis traditionnels est sensible dans toute l’Europe, l’idée même de l’Union européenne étant aujourd’hui remise en cause.

Source : tsa-algerie.com / Pierre Morville

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