NUL NE PEUT FUIR SON DESTIN. Par Hammar Boussad.



Incroyable ce que la vie peut-être espiègle, cruelle et impitoyable. Elle s’amuse toujours à jouer avec nos sentiments, à contrarier nos désirs. Elle nous donne ce que nous refusons et s’obstine à refuser ce que nous désirons. Seulement, il arrive comme le hasard que la vie fasse le bon choix pour nous même si au début, nous récusons fermement ses desseins. L’histoire qui va suivre en est une parfaite illustration.

Je me rendais à Bouzeguène comme j’avais l’habitude de le faire depuis très longtemps pour aller au cybercafé chatter avec mes amis sur Face book ou au café Alwac pour boire un bon thé. Je n’achète plus le journal depuis qu’il a pris des ailes. En cours de route, je rencontre la jolie colombe qui a criblé mon cœur avec les flèches de Cupidon. Je la dévorai des yeux. Je guettai sur son beau visage un petit sourire, un petit mot gentil. Elle fit semblant de ne pas m’avoir remarqué puis comme j’insistai, elle fit une grosse moue ou se mêlaient la haine, la lassitude et le mépris. Finalement, elle s’éclipsa en hâte en me faisant comprendre l’insignifiance de mon être et l’impertinence de ma requête.

Je continuai mon chemin en trainant ma blessure béante avec un moral de chien battu. En cours de route, je rencontre Kariha, une fille qui m’aimait depuis l’école primaire. Je l’appelle ainsi car je la déteste de toutes mes forces. Kariha souriait de toutes ses dents, visiblement heureuse de me rencontrer. Elle voulait aborder la conversation avec moi. Je ne lui donnai pas la moindre chance. Avec mon front crispé, mes yeux méchants et mes gestes, je l’envoyai balader sans pitié.

J’errais sans conviction dans les rues de la ville quand je vis un nouvel édifice implanté dans un endroit névralgique très fréquenté par les jeunes. Renseignements pris, le maire de la commune Mhend Uhric a pris la louable initiative d’ériger un mur des lamentations pour d’une part, aider les jeunes en difficultés et d’autre part, faire oublier son mandat nul dépourvu de réalisations honorables. Il semblerait qu’il ait écouté son conseiller aux affaires psychologiques qui lui a conseillé à juste titre d’offrir aux jeunes de la région un espace de communication ou ils pourraient exprimer leurs doléances, leurs idées et leurs sentiments en toute liberté, à défaut de leur offrir du travail ou des logements.

Kariha et moi, nous profitions pour évacuer nos chagrins, chacun dans la partie qui lui est réservée.

Kariha écrivait :-« Pourquoi o bon Dieu ? Moi, je l’aime sincèrement, lui, il ne veut pas entendre raison. »

Moi, j’écrivais : « Ou est ma part de bonheur o mon Dieu ? Celle que j’aime à la folie me prend pour une souris. »

Le lendemain, Kariha et moi sommes revenus pour voir les réponses du bon Dieu. Kariha était très heureuse. Le bon Dieu lui a demandé de patienter en lui prédisant l’ouverture prochaine des portes du ciel.

Quant à moi, il m’écrivit un petit mot grossier composé de 03 lettres « TOZ. »

Je ne pouvais croire que le bon Dieu puisse dire des méchancetés pareilles : -« Est-ce toi mon bon Dieu qui a écrit ce mot grossier de trois lettres. »

« Je te jure sur moi, créateur de la terre et des cieux que je n’ai pas écrit ce vilain mot. »

Quel est l’imbécile qui a écrit ce mot ? C’est peut-être Kariha !

-« Kariha ! Est-ce toi qui as écrit « TOZ » sur mon mur ? »

-« Non, ce n’est pas moi, je le jure. »

Bon, je vais effacer ce mot en espérant que demain m’apportera de bonnes nouvelles. N’est-ce pas Julio Iglesias qui chante : « Un jour, tu ris, un autre, tu pleures, c’est ça la vie… »

Le surlendemain Kariha et moi, nous revenons vers le mur des lamentations.        En regardant le mur, je fus surpris une nouvelle fois par le ton ferme et dur de la réponse.

-« Dégage ! Je t’ai donné ton destin, tu ne veux pas l’accepter. Va t’exiler dans une autre planète. Le destin, c’est moi qui l’écris. Toi, écris seulement des poèmes et des histoires. Dégage ! »

Une pluie de larmes ruisselait sur mon visage. Kariha me tendit la main, me caressa les cheveux, essaya d’essuyer mes larmes et de me consoler.

-« Ne pleures-pas Boussad ! Je serai toujours là jusqu’à ce que tu comprennes. Si tu ne crois pas au bon Dieu, crois en mon amour. Si tu ne crois pas en mon amour, crois au destin. »

Pour la première fois de ma vie, je regarde Kariha droit dans les yeux avec une vague de tendresse. Je me rends compte qu’elle est belle et qu’elle mérite un autre nom, plus joli et plus romantique.

Par Hammar Boussad.

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