Omar Ghrib, le foot, l’argent … la politique !



Qui est intervenu, en haut lieu, pour sauver la tête de Omar Ghrib, le manager général du MCA, lui qui était menacé d’exclusion par les dirigeants de Sonatrach, principal sponsor du club ?

Telle est la question que tout le monde se pose dans le milieu du football et, plus particulièrement, chez les fans du doyen des clubs, au moment même où l’opinion nationale s’attendait à son limogeage suite aux propos désobligeants qu’il a tenu concernant Sonatrach et son directeur général. A croire qu’un « mystérieux coup de fil », venu bien sûr « d’en haut », a changé la donne. Et partant, qui a conféré plus de puissance à l’intéressé.

Sacré Omar ! Comment en est-il arrivé là, lui qui a été radié à vie par les hautes instances du football et aussi du MJS, qui ne lui ont pas pardonné l’affront qui leur a fait subir, lors d’une finale de coupe d’Algérie, perdue par ailleurs par le MCA. S’il était Américain, il y aurait bien longtemps qu’Hollywood lui aurait consacré un film. Pourtant, tout n’a pas été rose pour l’homme qui a dû, à maintes reprises, faire face à l’adversité.

Enfant de la balle, de simple supporteur du club, il en est devenu le patron. Il a aussi réussi à se relever alors qu’on le croyait plus bas que terre. Il semble, systématiquement, sortir vainqueur de toutes les luttes dans lesquelles il s’engage. La toute puissante Sonatrach, par exemple, en a fait les frais, elle qui lui a remboursé tout ce qu’il avait « investi » dans le club !

Beaucoup d’ailleurs se sont demandés comment Omar Ghrib, livré à lui-même quand il était à la tête du MCA, arrivait à maintenir le club, la tête hors de l’eau ? « A l’époque de Omar, se plaît-il à rappeler à la manière d’Alain Delon qui parle de lui à la troisième personne, les joueurs étaient payés à l’échéance du mois et rubis sur ongle ! ». Petite pique au passage aux gestionnaires délégués par Sonatrach pour gérer le club. Il n’en demeure pas moins que l’hypothèse selon laquelle Omar Ghrib sollicitait ses « amis » pour lui prêter de l’argent ne convainc personne. Il y a sûrement des hommes de l’ombre qui injectaient de l’argent dans la trésorerie du MCA. Par amour du club ? A dessein ? Le temps le dira.

Il y a aussi les « Chnaouas ». C’est l’appellation des supporters du club qui ont fini par avoir gain de cause, eux qui, 33 mois durant, n’ont cessé de réclamer son retour aux cris de « l’armée, le peuple sont avec toi Omar ! ». Ils ont en fait un slogan politique. Et de Omar Ghrib leur idole, une personnalité de premier plan ! Au même niveau qu’un chef de parti politique : n’est-il pas leur leader ?

Les « Chnaouas », présents dans les 48 wilayas du pays, ont fait plier « ceux d’en haut » se sont autorisés à dire certains. En fait, ces supporteurs n’ont pas de voix -leur code leur interdit de parler d’eux, encore moins dans la presse-, ils n’ont que des pratiques. Ils peuvent conquérir la rue, et à moins d’être l’un des leurs, l’on ne saura jamais pourquoi, ni même comment s’y joindre. Mais ceux qui tirent les ficelles le savent ! Ils en usent et abusent de ces « volcans » humains, et à leur guise. Pour remplir les salles de meeting, par exemple. Ou les vider, c’est selon !

Pourtant, au départ, ces jeunes se proposaient d’opérer dans et pour les stades, usant de la rue et des murs, non pas comme des espaces publics consacrés à la politique, mais comme lieux d’encouragement de leur équipe. Pour chambrer leurs rivaux qui sont aussi leurs voisins et parfois même leurs frères de sang. Pour aller aussi à la « baston », comme s’ils portaient la violence dans leurs gènes ! Alors que dans d’autres pays les clubs de football sont devenus de véritables entreprises gérées de manière transparente, cotées en bourse et obéissant à des obligations de résultat, les nôtres sont encore considérés comme de simples « associations » et donc gérées en tant que telles. Résultat, un club ne peut pas faire de bénéfices, tout comme il ne peut pas être propriétaire d’un quelconque bien. Encore moins, du stade dans lequel il évolue chaque semaine. Paradoxalement, tout le talent d’un président de club professionnel « à l’algérienne » consiste à se sortir des situations financières délicates auxquelles il doit faire face, au besoin, en s’adressant aux amis ! Tout comme Omar Ghrib.

Comment voulez-vous parler dans ces conditions de professionnalisme ? Ou plus encore de rentabilité, à l’ère des vaches maigres ? En Algérie, faut-il le rappeler, l’entrée du football dans le professionnalisme a été un échec pour cause :

De refus des présidents et des dirigeants des clubs de se plier à la transparence, d’assainir leurs comptes et aussi, d’établir des vrais contrats avec leurs collaborateurs, joueurs, entraîneurs et assistants. De leur incapacité, également, d’ouvrir des centres de formation pour jeunes talents, sans parler de la valse des entraîneurs qu’ils « répudient » à leur guise, sans se soucier pour autant, des graves préjudices financiers qui en découlent.

Ces derniers jours, on a tendance à taper toujours sur les joueurs. Sur l’argent qu’ils touchent ou sur leurs attitudes. Sur leurs déviances aussi. A qui la faute ? A la FAF, sûrement. Aux pouvoirs publics, également. Quoi de mieux, pourtant, que le football pour faire passer des valeurs telles que la solidarité, l’union, le dépassement de soi, mais aussi le fair-play, le respect des règles, de l’adversaire et de l’arbitre ? Et la considération du public qui paye son billet, et qui parfois, à ses risques et périls, se déplace avec son équipe ? Comment, en définitive, ne pas donner raison aux personnes qui critiquent ce sport ? Il est clair que le football, tel que pratiqué chez nous, ne réunit pas toutes ces valeurs et en même temps, les a-t-il réunies un jour ? On se croirait dans le monde politique avec ses coups bas, ses retournements de veste et l’argent sale qui coule à flots.

L’argent

C’est lui qui donne tout, qui explique tout, qui corrompt tout. De jeunes Algériens brillants, qui pourraient s’élever au sommet de leur discipline : en physique, en chimie, en médecine, à qui le pays refuse de donner un poste en rapport, doivent s’exiler à l’étranger pour travailler et vivre. Pendant ce temps-là, tel joueur gagne plus de 400 millions net/mois. Sans compter les primes et autres dessous-de-table. Résultat ? Le football, local du moins, a cessé d’être un jeu pour devenir un business !

La violence

Elle est partout. Dans les stades et aux abords des enceintes du football. Toute manifestation sportive est désormais considérée non comme une fête de la détente, de l’amitié, mais comme une manifestation à haut risque qui demande une protection policière. Les ultras, à l’origine des affrontements et des débordements ne s’en cachent pas : le foot n’est qu’un prétexte à la baston et les insultes contre les joueurs fusent y compris lors des séances d’entraînement.

La haine

Il n’y a pas de bonne guerre sans la détestation irrationnelle de l’ennemi. Regardez ces faciès défigurés, convulsés par la haine de ceux d’en face ! Un classico comme on dit est désormais inconcevable sans haute protection policière. C’est aussi un cauchemar pour les familles riveraines des stades.

Le chauvinisme

Il s’est, longtemps, alimenté à l’esprit de clocher, c’est-à-dire à l’idée saugrenue de la supériorité des natifs du lieu sur ceux d’à côté. En fait, non, on n’a pas éradiqué la bêtise, on l’a même mondialisée avec la détestation des joueurs africains qui subissent le racisme et les quolibets à chaque rencontre.

Le dopage

La recherche effrénée du résultat, l’accélération des matchs ont transformé les joueurs en bêtes de somme exploitables à merci. Et ces derniers, entre deux blessures, ne tiennent que par les anabolisants voire la drogue. S’il y a si peu de cas avérés dans le football algérien, c’est qu’on se garde bien d’y aller voir, disent les spécialistes.

La triche

Tout le monde du sport en a parlé ! Le championnat des Ligues 1 et 2 de l’année dernière, aura fait date en la matière. Des joueurs qui lèvent le pied, des dirigeants qui soudoient des arbitres ou tentent de le faire, la presse en a fait ses manchettes ! Il n’y a jamais eu de poursuites pour autant.

L’imposture

Des contrats à prix d’or ont été signés avec des joueurs, tout juste, moyens. Il faut dire que l’amour des couleurs n’est pas pris en compte dans ce genre de tractations, ni par les uns ni par les autres ! Il y a aussi tous ces entraineurs étrangers, en errance, sans palmarès aucun, qui viennent profiter d’un système qui fait fuir le produit de l’ISTS qui s’en va monnayer ses compétences dans les pays du Golfe. Il faut poursuivre ce qui ne marche pas et si possible faire pire, semblent nous dire tous ces imposteurs nichés dans les instances du foot et les clubs. Ces gens sont malheureusement les seuls que l’on écoute en haut lieu, alors que tant de voix iconoclastes poussent des cris d’alarme concernant le sport en général et le football en particulier, gangrénés de toutes parts.

Le ministre de la Jeunesse et des sports, et l’inamovible président de la Fédération algérienne de football sont montrés du doigt. Peu importe, « hna ymout kaci » a rétorqué le locataire de Dely Ibrahim. De ce qui précède, faut-il conclure, pour autant, que la décision de l’élargissement d’Omar Ghrib est beaucoup plus politique que sportive ?

Publiquement, l’intéressé revendique haut et fort cette « tutelle » qui l’a réhabilité en avril dernier, à la tête du doyen des clubs algériens tout en affirmant « n’avoir aucun compte à rendre à Sonatrach » ! Cette dernière semble avoir cédé à une forte pression, celle-là même qui avait précédé au retour de « l’enfant prodigue ».

Du statut d’employé à Sonatrach en vertu d’un contrat qu’il n’a, d’ailleurs, même pas signé en raison d’une vanité démesurée, Ghrib est passé au rang de donneur d’ordre omnipotent. Un vrai décideur. Politique même ! Personne n’ose contester son leadership, même pas le MJS beaucoup plus soucieux de son avenir au sein du gouvernement qui n’en a pas pour longtemps, s’est-on laissé dire. En fin de compte, le football ne serait-il pas devenu :

– Un monde de politiciens où le pouvoir et l’argent en sont les principaux moteurs

– Un espace trop convoité pour n’appartenir qu’aux joueurs et aux amateurs du beau jeu ?

– Un monde interlope où certains, derrière les rideaux, ont d’ores et déjà mis leur curseur sur deux dates précises : 2017 et 2019 !

Le foot c’est vrai, attire tous les antagonismes. Toutes les tentatives imaginables de manipulation, de détournement, sont aux portes des stades. Politiciens, affairistes, sponsors et médias y sont agrippés pour lui extraire une bribe de son gigantesque écho.

Se couper de ce sport, notamment à la veille d’échéances électorales majeures, c’est se couper d’une grande masse d’électeurs potentiels !

Les stades sont devenus un passage obligé pour un wali ou un ministre qui veut soigner son image de marque face à une foule de supporters présente dans les tribunes ou derrière un écran. Certains hommes politiques se prennent même régulièrement, au jeu des commentaires sportifs « à chaud », louant telle équipe, ou tel joueur pour montrer leur intérêt pour le football. Les subventions coulent à flot. Au diable la crise, la paix sociale n’a pas de prix. Les dirigeants sportifs et à leur tête les présidents des clubs ont intérêt à ce que des hommes politiques cautionnent le « spectacle » qu’ils organisent pour renforcer leur légitimité. Et leur caisse !

Que les supporters en aient conscience ou pas, il faut bien en convenir, le stade c’est une scène politique. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Rappelons-nous « le coup du laser » au stade du 5-Juillet et la transe qui s’en est suivie dans les rangs des partisans de l’ex parti dissous !

Et Omar Ghrib « le politique » l’a très bien compris, lui qui, dit-on, avec l’accord et le soutien du « peuple du Mouloudia », avait réussi à déployer au stade du 5 juillet, une affiche géante appelant au 4ème mandat du président de la République. Bien avant « l’intrépide » Amar Saâdani et « le fidèle parmi les fidèles » Amara Benyounes !

Cherif Ali

Source : lematindz.net

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