Pont des espions: quand une vraie histoire se cache derrière l’écran



Le film Pont des espions du réalisateur américain Steven Spielberg, sorti récemment dans les salles obscures, évoque l’histoire célèbre de l’échange d’espions effectué en février 1962 entre l’URSS et les Etats-Unis. Mais les conditions réelles de cette affaire étaient bien plus profondes et surprenantes.

Les années 1950: quoi de neuf dans la guerre froide?

Tout a commencé dans les années 1950. A partir du milieu de cette décennie, une période assez controversée dans les relations internationales s’ouvre. C’est dans ce sens-là qu’il faudrait décrire le refus de l’Occident de régler proprement la crise allemande et de comprendre la création du Pacte de Varsovie en mai 1955 qui a finalement formé, avec l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) la division du monde en deux blocs rivaux.

Bien que la conférence des puissances mondiales à Genève en juillet 1955 ait baissé le degré de tensions, les Etats-Unis et l’Union soviétique continuaient leur confrontation larvée qui toujours risquait de devenir réelle.

Pont des espions: quand une vraie histoire se cache derrière l’écran

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Rudolf Abel en URSS

L’Union soviétique et les Etats-Unis cherchaient toujours des moyens pour être en avant dans leur concurrence difficile. L’URSS fait un pas important en août 1957, quand les premiers essais d’un missile balistique intercontinental ont été effectués. Le territoire américain est désormais soumis à la possibilité d’une frappe. En 1957-1959, les premières unités militaires de missiles intercontinentaux sont créées en URSS.

Quant aux Etats-Unis, pour eux, il devient habituel de violer l’espace aérien soviétique pour recueillir des informations sur les objectifs spéciaux. 39 avions américains ayant violé l’espace aérien soviétique ont été abattus dans les années 1950 et au début des années 1960.

Rudolf Abel arrêté à New York, Francis Gary Powers abattu au-dessus de Sverdlovsk

L’espionnage était en effet une des formes reconnues de rivalité politique. L’utilisation des espions permettaient de recueillir des informations stratégiques importantes, d’obtenir des secrets militaires. Parfois, les espions étaient confrontés à de graves échecs.

Dans ce sens-là, l’histoire du colonel Rudolf Abel dont le nom réel était William Fisher représente un cas particulier. Il était militaire de haut rang de l’armée rouge, cependant jamais reconnu officiellement comme un espion par les autorités soviétiques. Résident à New York, M.Abel effectuait des tâches spéciales des services de renseignement soviétiques, et le faisait avec beaucoup de succès. Toutefois, ce fait-là n’est pas du tout mentionné dans le film de M.Spielberg.

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Francis Gary Powers

M.Abel a été arrêté par les agents du Bureau fédéral d’enquête (FBI) en juin 1957 à New York. Sous le nom de Rudolf Abel, il a été soumis à une longue procédure judiciaire. Menacé de peine de mort, finalement, il a été condamné à 30 ans de prison.

Le 1er mai 1960, un avion de renseignement Lockheed U-2 piloté par Francis Gary Powers effectue un vol destiné à faire des photos d’objectifs secrets sur le territoire soviétique. Ces avions volaient à une altitude de 20 kilomètres qui était inaccessible pour les chasseurs de cette époque et également jugée inatteignable pour les systèmes antiaériens soviétiques.

Cette dernière estimation était pourtant fausse. Les militaires soviétiques ont pu lancer des missiles contre l’avion de M.Powers et la cible a été atteinte, mieux, de telle façon que le pilote n’a pas été blessé, mais a été obligé de s’éjecter. Tout s’est passé dans le ciel de la région de Sverdlovsk (actuelle Iekaterinbourg), au sud-est de la partie européenne de l’Union soviétique.

Le climat politique bouleversé: Kroutchev accuse, Eisenhower s’explique

Le dirigeant soviétique Nikita Kroutchev a su utiliser l’histoire de l’avion américain abattu pour obtenir des bénéfices dans la politique internationale. Une déclaration officielle du gouvernement soviétique a été présentée à la Maison Blanche, en détruisant tous les essais du président Dwight Eisenhower de mentir sur les buts de l’avion de M.Powers.

Les restes de l’avion, ainsi que des caméras spéciales et d’autres objets faisant partie de l’équipement de l’avion U-2 abattu ont été présentés publiquement dans le parc Gorky, dans le centre de Moscou. La visite officielle du président américain planifiée a été brusquement annulée suite au scandale.

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Les restes de l’avion de M.Powers au parc Gorky

M.Powers a été soumis à une procédure judiciaire. Tout comme M.Abel aux Etats-Unis, il a été menacé de la peine de mort, parce que les crimes commis ont été considérés comme suffisamment graves. Cependant, il n’a reçu que 10 ans de prison, ce qui d’ailleurs représente trois fois moins que dans l’affaire de M.Abel.

Ce qui est resté en dehors du film, c’est le comportement de M.Powers à son procès. La BBC cite les mots du pilote prononcés à la réunion du tribunal en août 1960, dans un article consacré à l’affaire: il a reconnu avoir commis un grave crime et il a déclaré se rendre compte de la punition nécessaire.

10 février 1962, le pont Glienicker

Les négociations entre les Etats-Unis et l’URSS concernant l’échange entre Rudolf Abel et Francis Gary Powers ont pris beaucoup de temps. Le New York Times souligne dans son article que ce processus a été lancé presque dès le jour de la condamnation de M.Powers, le 19 août 1960.

La longue marche a pris fin à 8h52 le 10 février 1962, rapporte le New York Times se référant à la déclaration de la Maison Blanche. Le matin, les espions ont été échangés des deux côtés du pont de Glienicke qui constituait une frontière entre la République démocratique allemande (RDA) et Berlin-Ouest, déjà encerclé par un long mur de 162 kilomètres.

Ce point culminant montre tout d’abord la possibilité de s’accorder, même dans la situation de deux grands rivaux internationaux. Quant au pont de Glienicke, il a reçu le nom de « Pont des espions » et est entré dans l’histoire mondiale contemporaine.

Mais il existe un point important qui touche aux conséquences de cette histoire pour les deux espions échangés. M.Abel a été accueilli au plus haut niveau en Union soviétique, où il a pu continuer de travailler. Il est mort du cancer en 1971. M.Powers d’abord a été soumis à une enquête qui a été ensuite arrêtée. Il travaillait jusqu’à sa mort dans une catastrophe aérienne en 1977.

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