Processus de réhabilitation de chakib khelil, Une tournée à décrypter



De nouveaux éléments permettent aujourd’hui de mieux décrypter le mystère du périple de Chakib Khelil à travers les zaouïas du pays. Cette tournée, d’une fréquence rare, paraît directement liée au projet du FLN d’organiser prochainement un colloque national regroupant les plus importantes zaouïas à l’échelle nationale. Pour y absoudre officiellement l’ancien ministre de l’Energie ?

Les faits se recoupent. Ils semblent incontestablement liés à un projet mûri et datant d’avant même le retour tant controversé de Chakib Khelil. Tout a commencé avec l’apparition inattendue de l’ancien ministre en compagnie de son épouse et de ses fils lors d’une soirée organisée par l’ambassade d’Algérie à New York pour la célébration des soixante ans d’indépendance de l’Algérie.

L’opinion choquée avait alors penché pour l’hypothèse d’un test lancé pour sonder les réactions qui suivraient un tel évènement. Très vite, il apparaît cependant que la participation de Chakib Khelil à cette cérémonie représentait en fait le premier pas officiel qu’il mettait en Algérie. Et c’est à ce moment que Ammar Saâdani, le personnage par lequel le pouvoir fait actuellement passer tous ses messages, est chargé d’entamer le processus de réhabilitation de l’ancien ministre. Aux yeux des Algériens, ce dernier est synonyme de corruption, il est lié au mandat d’arrêt lancé à son encontre, son nom apparaît régulièrement dans la presse au cours de l’épisode du procès Saipem-Sonatrach.

Avec aplomb, le secrétaire général du FLN dément toutes ces accusations et présente l’homme comme une «personne intègre», victime d’un règlement de comptes entre l’ancien patron du DRS et la présidence avec laquelle il entretient des liens solides.
Ammar Saâdani ne rate plus aucune occasion de blanchir l’ancien responsable du ministère de l’Energie et se félicite de son retour. S’ensuit un cafouillage. Le nom de Chakib Khelil est évoqué dans un nouveau scandale, Unaoil, ses neveux et proches collaborateurs sont salis dans l’affaire des Panama Papers. Saâdani suit sa logique. Ouyahia, qui s’était gardé de s’exprimer sur le sujet, le rejoint et encense l’ancien ministre.

De son côté, Khelil entame sa plaidoirie pour tenter de se réhabiliter aux yeux d’une societé révulsée. Pour ce faire, il joue la corde sensible des Algériens : la religion. Couvert d’un burnous blanc, il entreprend un pèlerinage inédit à travers les zaouïas du pays. Assis en tailleur, il apparaît tous les vendredis, jour saint, entouré de cheikhs prônant la bonne parole. Des gardes du corps l’accompagnent.

La cadence de ses visites intrigue. Mais elle s’explique, donc, à présent. Le même FLN qui avait préparé le retour de Chakib Khelil a annoncé ces derniers jours, qu’il préparait une rencontre nationale qui regrouperait les zaouïas les plus représentatives du pays. Selon Hocine Kheldoune, le chargé de communication du FLN, cette initiative entre dans le cadre de la mise en œuvre du front de soutien national autour du programme présidentiel auquel appelle Saâdani depuis un certain temps. Selon des informations en notre possession, des personnalités politiques importantes y seront présentes.

Chakib Khelil y compris ? L’option semble des plus plausibles. Une telle rencontre constituerait, de fait, une sorte de couronnement de la tournée des zaouïas (qui ne peut se poursuivre indéfiniment), un point d’orgue qui permettra à l’ancien ministre d’entrer de plain-pied dans le monde politique officiel en s’intégrant dans une rencontre organisée par un parti majoritaire qui représente la canne sur laquelle s’appuie le pouvoir actuel. Le chemin semble tout tracé vers une «surprise» encore plus grande que celle de son retour ou de son absolution. Cette situation a d’ailleurs fait dire à Zoubir Arous, un sociologue qui s’est récemment exprimé dans un entretien livré à TSA, que Chakib Khelil ne peut «effectuer une telle tournée dans les zaouïas sans l’aval du pouvoir, c’est un domaine sensible. La zaouïa permet d’acquérir une légitimité». Dans ce cadre, poursuit-il, «il s’agit également de créer un climat favorable à ceux qui s’occupent de la gestion du pays pour poursuivre leur politique en perspective des élections législatives de 2017 et de la présidentielle de 2019».

Cette lecture des évènements par un sociologue nous renvoie immédiatement aux propos du même Ammar Saâdani qui avait annoncé, il y a quelques semaines, l’intention du Président Bouteflika de donner un poste à Chakib Khelil. Entre-temps, d’autres scandales l’impliquant ont éclaté. Le port du burnous blanc suffira-t-il à le réhabiliter aux yeux des Algériens ?

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Lesoirdalgerie.com

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