Que cache l’incident entre Sellal et Haddad ?



Annoncé en grande pompe depuis plusieurs semaines, le Forum africain d’investissements et d’affaires qui s’est ouvert hier à Alger a tenu une seule promesse : braquer les projecteurs sur l’Algérie. L’événement, à l’origine économique, est en phase de prendre des allures de scandale politique.

Deux maladresses…

Tout semblait pourtant parfait. Le gouvernement a engagé sa machine diplomatique pour faire de cette conférence un grand rendez-vous africain. Le Forum des chefs d’entreprises (FCE), dont certains membres sont en quête de nouvelles opportunités économiques dans le continent noir, s’est beaucoup investi pour réussir cet événement.

Mais paradoxalement, la conférence a été sabotée précisément par ces deux parties. Deux maladresses, dont les conséquences ne semblent pas avoir été prises au sérieux par leurs auteurs au moment des faits, ont signé l’échec de la conférence au moment même où elle s’ouvrait.

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Au lendemain de l’incident, les deux parties se renvoient la balle. Des sources proches de l’organisation ont affirmé à TSA que Haddad avait commis une maladresse en prenant la parole avant le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, contrairement à ce qui était prévu dans le programme.

Des explications peu convaincantes

Haddad réplique dans un entretien accordé à TSA : « Il n’était pas prévu que le ministre des Affaires étrangères intervienne ». Une version remise en cause par le programme distribué à la presse à la veille de l’ouverture du Forum. Ramtane Lamamra était bel et bien confirmé parmi les intervenants lors de la cérémonie d’ouverture.

Haddad accuse également la modératrice de la conférence de ne pas avoir annoncé le départ de Sellal après la fin de son discours. « L’animatrice devait l’annoncer avant de me demander de monter sur scène. Sauf que quand elle a vu le Premier ministre s’asseoir, elle a cru qu’il avait changé de programme et décidé d’assister à toute la conférence. Elle m’a donc invité à monter sur scène. J’avais moi-même cru que le programme avait changé ».

Une relation tendue

Le FCE ne semble pas prêt à assumer une quelconque responsabilité puisque la modératrice mise en cause est fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères. En voulant dégager toute responsabilité dans cet incident politique, Haddad livre sans le vouloir une autre vérité.  Celle de la relation très tendue entre le chef du FCE et le ministre Ramtane Lamara. C’est en vérité la première conclusion à retenir de cette désorganisation, programmée ou non, qui a caractérisé la séance d’ouverture.

Intéressons-nous à la réaction du Premier ministre. Champion de l’improvisation, Abdelmalek Sellal, sans avertir, abandonne ses invités africains en signe de protestation contre le comportement de Haddad. Mais en se comportant de la sorte, le Premier ministre venait de commettre une énorme indélicatesse politique et protocolaire. Sellal aurait pu envoyer un message aux organisateurs par le biais de son chef de protocole pour les informer de son intention de partir, en inventant n’importe quel prétexte. Mais il a choisi une méthode radicale, semant la pagaille.

L’échec du Forum

Or, en quittant la salle des conférences de cette manière, Sellal a signé l’échec du Forum. Nos partenaires africains quitteront l’Algérie avec l’image d’un gouvernement en parfait désaccord avec l’organisation patronale, voire pire, celle d’un pays où le gouvernement est ouvertement contesté par ses propres patrons. Le type de climat d’incertitudes que n’aiment pas les investisseurs. Les dirigeants et les patrons africains sont les mieux placés pour savoir qu’investir dans un pays comme l’Algérie dépend beaucoup de la capacité du gouvernement à assurer les bonnes conditions pour le faire. Sellal a démontré tout le contraire hier.

Mais en réalité Sellal et Haddad ne sont pas à leur première bourde. L’homme d’affaires, placé à la tête du FCE  après les élections présidentielles de 2014 et connu pour sa proximité avec l’entourage du président, s’est  imposé comme un interlocuteur incontournable du gouvernement. Ces conférences attirent les ministres. Il est reçu et écouté par le staff de Sellal, un privilège rarement accordé auparavant à un patron du FCE.

Haddad, un intouchable

Avec le temps l’homme d’affaire classé désormais parmi les « intouchables », a pris confiance. Désormais, il piétine sur les prérogatives du gouvernement. C’est lui par exemple qui a annoncé la fin de la retraite sans condition d’âge avant qu’un ’accord ne soit officiellement signé par la tripartite (gouvernement- UGTA- patronat).

Les questions de protocole n’ont jamais été le point fort du Premier ministre. Mais l’incident d’hier révèle une susceptibilité bien couvée jusque-là entre Sellal et Haddad. L’événement et la qualité de l’assistance auraient pu amener Sellal à accorder le bénéfice de doute au patron du FCE.  Ou à la limite faire passer la bourde, reporter la confrontation, pour préserver l’image du pays vis-à-vis de ces partenaires. Il ne le fera pas.

Ces derniers jours, des rumeurs ont circulé sur son rapprochement avec le chef de cabinet du président, Ahmed Ouyahia, le grand rival de Sellal. D’ailleurs, ce dernier ne rate aucune occasion pour ensorceler le patron du FCE. C’est là que pourrait se trouver l’explication de l’incident d’hier.

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Source : tsa-algerie.com / Achira Mammeri

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