Raids meurtriers après l’accord entre Kerry et Lavrov



SyrieLes deux responsables se sont mis d’accord sur une coopération accrue destinée à sauver la trêve et combattre les djihadistes.

Au moins 28 personnes ont été tuées samedi dans des raids en Syrie au lendemain d’une rencontre entre John Kerry et Sergueï Lavrov. Après 12 heures de discussions, les chefs de la diplomatie russe et américaine se sont mis d’accord sur une coopération accrue pour sauver la trêve ignorée sur le terrain.

Au moins 28 civils, dont des enfants, ont trouvé la mort dans des raids aériens sur des quartiers rebelles de la ville divisée d’Alep dans le nord de la Syrie, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Selon l’OSDH, dont les informations ne peuvent pas être vérifiées de manière indépendante, le bilan pouvait encore s’alourdir en raison du nombre de blessés en situation critique.

D’après un correspondant de l’AFP dans les quartiers est d’Alep, contrôlés par les insurgés, «des hélicoptères et des avions de combat» survolaient toujours samedi les quartiers rebelles. Plusieurs barils d’explosifs ont également été largués.

«Le travail de l’ombre»

Des bombardements ont touché un hôpital du secteur d’Al-Maadi, blessant des membres du personnel médical et des patients. «Toutes sortes d’armes ont été utilisées pour bombarder l’hôpital, de minuit à 11H00 (08H00 GMT). Désormais, il est inutilisable», a expliqué Mohammad Kheir, l’un des médecins, ajoutant que des blessés légers étaient à déplorer parmi le personnel médical.

Les rebelles ont riposté par des tirs d’obus sur les secteurs ouest de la ville, contrôlés par les forces du régime du président syrien Bachar el-Assad, a ajouté l’OSDH sans faire état de bilan dans l’immédiat.

Ancienne capitale économique du pays, Alep est divisée depuis 2012 entre quartiers rebelles à l’est et prorégime à l’ouest. La ville est un des principaux enjeux du conflit en Syrie, qui a fait plus de 280’000 morts depuis 2011 et jeté hors de chez elles des millions de personnes.

Ces nouveaux raids meurtriers interviennent au lendemain d’une rencontre à Moscou entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov. Les deux responsables se sont mis d’accord vendredi sur une coopération accrue destinée à sauver la trêve et combattre les djihadistes en Syrie.

«Des mesures concrètes» ne seront pas rendues publiques pour permettre la poursuite «du travail de l’ombre» en faveur de la paix, a précisé M. Kerry, au cours d’une conférence de presse commune avec son homologue russe.

«Responsabilités spécifiques»

Le secrétaire d’Etat américain s’est contenté d’expliquer qu’elles n’étaient pas «basées sur la confiance (mais) définissent des responsabilités spécifiques que toutes les parties du conflit devront assumer».

Parmi les objectifs figurent l’arrêt «des bombardements aveugles (du président syrien) Bachar el-Assad» et l’intensification de «nos efforts contre le front Al-Nosra», a-t-il encore ajouté. L’Américain a expliqué que «chacun de nous sait exactement ce qu’il a à faire».

Sergueï Lavrov a été plus succinct que son homologue, évoquant seulement des «mesures que les Etats-Unis et la Russie peuvent prendre ensemble pour donner l’élan supplémentaire» à un règlement de la guerre.

Douze heures de négociations

Pour arriver à cet accord, les deux hommes et leurs délégations ont négocié pendant plus de 12 heures, alors que les pourparlers ne devaient initialement durer qu’une heure. Arrivé jeudi à Moscou, le secrétaire d’Etat américain s’était entretenu dans un premier temps avec le président russe Vladimir Poutine jusqu’à une heure tardive au Kremlin.

Selon le Washington Post, le responsable américain était venu à Moscou avec l’idée de proposer à Vladimir Poutine la mise en place d’un centre de commandement commun à Amman, en Jordanie, pour coordonner leurs raids aériens contre les djihadistes de l’État islamique et du front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda.

En échange, Moscou devait limiter ses frappes aériennes à des cibles choisies avec les États-Unis et le régime syrien cesser de bombarder les rebelles modérés, selon la même source.

Russes et Américains cherchent à s’entendre alors que combats sanglants et bombardements se poursuivent en Syrie, malgré un cessez-le-feu établi fin février sous l’égide des deux pays. La dernière trêve temporaire annoncée par l’armée syrienne a expiré vendredi, sans avoir été respectée ni par le régime, ni par les rebelles. (ats/nxp)

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