Raif Badawi peut-il surmonter l’apathie du Canada ?



La très grande différence entre les prétentions humanistes du gouvernement de Justin Trudeau et ses actions, nuit à la demande de libération de Raif Badawi et est une tache sur la réputation du Canada.

Par Michel Gourd

Les humanistes qui avaient mis beaucoup d’espoir dans l’élection au Canada du gouvernement Trudeau pour aider Raif Badawi se trouvent actuellement détrompés. Malgré son appui au blogueur saoudien avant son élection, le premier ministre Justin Trudeau vient d’affirmer qu’il ne faut pas agir trop vite dans ce dossier pour éviter des conséquences néfastes. Emprisonner depuis 2012, ce blogueur ordinaire est condamné en 2014 à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet et a une amende de 260 000 $ pour insulte à l’islam. Il doit recevoir ces coups de fouet par tranche de 50 chaque vendredi sur la place publique. Ce supplice a cependant été suspendu pour des raisons médicales le 9 janvier 2015 après les premiers 50 premiers coups de fouet sans toutefois avoir été annulé.

Si Raïf Badawi croupit en prison depuis presque quatre ans, ce n’est pas parce qu’il est un criminel au sens ou l’entend la loi internationale. L’Arabie Saoudite utilise l’islam politique pour soumettre son peuple. Le crime de l’homme condamné pour ses écrits dans son blogue «Free Saudi Liberal» est d’avoir une mentalité moderne dans un pays qui est resté avec une vision féodale des relations d’autorité. Il ose réclamer la liberté de religion qui est pourtant un droit fondamental inscrit dans la charte des droits de l’Homme. Cette demande et cette cause ont d’ailleurs été appuyées par la majorité des organismes qui font la promotion des droits de la personne dans le monde. De sa prison, Raïf Badawi a donc au fil des ans remporté le prix Nobel de la paix, le prix Netizen de Reporters sans frontières, le prix Sakharov pour la liberté d’expression et le prix de la Liberté d’expression de Deutsche Welle. Il vient de remporter le prix de la liberté de publier de l’Union internationale des éditeurs qui a été rebaptisé Prix Voltaire.

Les membres de l’actuel gouvernement canadien avaient pourtant dénoncé en campagne électorale la lenteur du précédent gouvernement conservateur à négocier avec les autorités saoudiennes pour obtenir la libération d’un des plus célèbres prisonniers d’opinion du monde. Maintenant au pouvoir, le gouvernement Trudeau a cependant retourné sa veste et affirme ne pas vouloir accorder la citoyenneté canadienne à Raïf Badawi. La province du Québec lui a pourtant accordé un certificat de sélection humanitaire pour qu’il puisse venir rejoindre sa femme. L’épouse de Raïf Badawi, Ensaf Haider a donc raison de se sentir abandonner par le gouvernement canadien. La porte-parole d’Amnistie internationale, Anne Sainte-Marie, vient pour sa part de dénoncer à son tour le gouvernement de Justin Trudeau pour sa lenteur. Elle réclame un plan d’action concret pour faire libérer Raif Badawi.

Le fait que Badawi n’est pas citoyen canadien n’est pas une raison valable pour cet abandon des valeurs humaines les plus minimales par le Canada. En plus de ne pas défendre la cause de Raif Badawi dont la famille est sur son territoire, le gouvernement canadien a aussi décidé d’aller de l’avant dans la vente de véhicules militaires à l’Arabie Saoudite pour un montant de 15 milliards de dollars. Un contrat qui est considéré par de très nombreuses personnes comme étant moralement répréhensible. Quand le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, dit vouloir respecter ce contrat en raison de la doctrine dite de la conviction responsable, il ne trompe personne. Quand il était député dans l’opposition, il avait demandé au précédent premier ministre canadien, Stephen Harper, d’intervenir personnellement pour libérer Raïf Badawi. Bref, la situation sur le terrain est une négation totale des belles paroles de Justin Trudeau avant qu’il prenne le pouvoir aux dernières élections fédérales.

L’Arabie Saoudite semble donc avoir littéralement acheté la volonté politique du Canada face à la promotion des droits de l’Homme. C’est pourtant un pays où on coupe les mains des voleurs et lapide à mort les femmes adultères. L’Arabie Saoudite a exécuté plus de 150 personnes en 2015 et près de 80 jusqu’à ce jour. Plusieurs de ceux-ci ont été décapités au sabre sur la place publique. Le gouvernement saoudien a adopté en 2014, une loi qui assimile la promotion de l’athéisme à du terrorisme. L’apostasie y est punissable de la peine de mort. Un Saoudien vient d’ailleurs d’être condamné à 10 ans de prison et 2000 coups de fouet pour avoir affirmé son athéisme sur Twitter. Toutes ces actions se font en contravention de la Charte des droits de l’Homme.

Pendant ce temps, les citoyens canadiens continuent à appuyer concrètement le blogueur et tiennent des vigiles tous les vendredis devant l’édifice de l’Hôtel de Ville de la municipalité de Sherbrooke où habite la femme de Raïf Badawi et ses trois enfants. Amnesty International tente pour sa part une autre fois de le faire sortir de prison et fixe maintenant la date du 17 juin, soit l’anniversaire de son arrestation. Tant que Raif Badawi n’est pas libéré, il restera un important problème d’image non seulement pour l’Arabie Saoudite, mais aussi pour le gouvernement canadien qui promet beaucoup en matière de droits de l’Homme, mais fait peu dans ce domaine.

M. G.

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