Région MENA: perspectives économiques teintées d’un « pessimisme prudent »



ALGER – La Banque mondiale (BM) a indiqué que les perspectives économiques dans la région Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) à court terme restent « teintées d’un pessimisme prudent » avec une croissance « assombrie par la guerre, le terrorisme et, dans une certaine mesure, la chute des cours du pétrole ».

Dans son dernier bulletin trimestriel d’information économique consacré à la croissance économique de cette région, publié sur son site web, la BM étudie les différentes façons, y compris la crise des déplacements forcés de population, dont les guerres civiles mettent à mal les économies de pays de la région, et cherche aussi à savoir comment la situation économique se rétablirait dans l’hypothèse du retour à la paix.

Le coût économique de cinq années de guerre en Syrie et de leurs retombées sur les pays voisins à savoir la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Irak et l’Egypte est estimé à près de 35 milliards de dollars de pertes de production (sur la base des prix de 2007), soit l’équivalent du PIB de la Syrie en 2007.

Selon une évaluation provisoire de la BM des dommages survenus dans six villes syriennes (Alep, Dar’a, Hama, Homs, Idlib et Lattaquié) et sept secteurs (logement, santé, éducation, énergie, eau et assainissement, transports et agriculture), le coût de ces dégâts se situait dans une fourchette comprise entre 3,6 et 4,5 milliards de dollars à la fin de 2014.

200 mds de dollars pour la remise en état des infrastructures en Libye

Pour le coût de la remise en état des infrastructures en Libye, il est estimé à 200 milliards de dollars sur les dix prochaines années.

« Non seulement les guerres civiles ont causé d’innombrables dommages humains  et matériels, mais elles ont provoqué une des pires crises de déplacements forcés depuis la Seconde Guerre mondiale », constate Shanta Devarajan, économiste en chef de la BM pour la région Mena.

« Le chômage est élevé chez les réfugiés, surtout parmi les femmes, et ceux qui ont un emploi travaillent souvent sans aucune protection dans le secteur informel. Au Liban, environ 92% des réfugiés syriens n’ont pas de contrat de travail et plus de la moitié d’entre eux sont embauchés de manière saisonnière, à la semaine ou à la journée pour des salaires minimes », poursuit l’économiste.

La persistance des conflits et des violences ont réduit à néant des années de progrès dans le domaine de l’éducation en Libye, Syrie, au Yémen et en Irak, indique encore la BM.

En Syrie, la guerre civile a empêché plus de la moitié (50,8 %) des enfants d’âge scolaire d’aller à l’école en 2014-2015. Au Yémen, le nombre de pauvres est passé de 12 millions avant la guerre à plus de 20 millions aujourd’hui, soit 80% de la population.

Les pays frontaliers des zones de conflit (Turquie, Liban, Jordanie et Egypte), dont beaucoup se trouvent déjà dans une situation économique difficile, sont soumis à une pression budgétaire considérable.

Selon les calculs de la BM, l’arrivée de plus de 630.000 réfugiés syriens coûte plus de 2,5 milliards de dollars par an à la Jordanie, soit 6% de son PIB et un quart de ses recettes publiques annuelles.

« Un règlement de paix en Syrie, en Iraq, en Libye et au Yémen pourrait entraîner un rapide rebond de la production pétrolière, qui permettrait à ces pays de disposer d’une plus grande marge de manœuvre budgétaire, d’améliorer leur balance des paiements courants et de stimuler leur croissance économique à moyen terme. Ce qui, en outre, aurait des retombées positives sur les pays voisins », estime Lili Mottaghi, auteur du rapport et économiste pour la région MENA à la BM.

Si les conflits s’apaisent dans la région, un passage pacifique à la démocratie stimulera la croissance économique en encourageant l’investissement, la scolarisation, les réformes économiques et la fourniture de biens publics et en réduisant les troubles sociaux, insiste la Banque.

Selon les estimations de la BM, la mise en place de régimes démocratiques à part entière dans les pays de la région MENA porterait le taux de croissance moyen du PIB à 7,8% en l’espace de cinq ans contre environ 3,33% en l’absence de transition démocratique.

Lire l’article depuis sa : Source

Laisser un commentaire