Ruée sur les magasins de la capitale : malgré la crise, les Algérois gardent leurs habitudes



À quelques jours de la fin du ramadan, c’est une déferlante qui s’abat sur les boutiques et les centres commerciaux de la capitale. Les Algérois font fi de l’austérité. Et ils le font savoir. Rien n’empêchera leurs enfants, malgré la cherté de la vie, d’être bien habillés le jour de l’Aïd el-Fitr.

Au centre commercial « Taïba » à Bachdjarrah, dans la banlieue sud d’Alger, tout est fait pour que le client desserre les dernières brides de sa bourse. Et ça commence par une série de jeux aménagés dès l’entrée du grand magasin. Ensuite, ce sont plusieurs espaces réservés au rez-de-chaussée pour la restauration rapide. Il y a des ascenseurs et des escaliers mécaniques pour faciliter tous les déplacements.

« On a jamais été touché par l’austérité »

Malika, la quarantaine passée, est accompagnée de son garçon de 12 ans et sa grande fille de 22 ans. Elle ne travaille pas, mais la petite agence immobilière de son mari leur permet d’avoir suffisamment de revenus pour offrir des cadeaux à ses enfants. « On a jamais été touché par l’austérité annoncée avec sirène et alarme », affirme Malika qui a déjà dépensé plus de 20.000 dinars pour son fils. « Trois fois rien. Je lui ai juste acheté trois pantacourts, trois t-shirts et une paire de baskets ». Pour sa fille, Malika précise que ça lui  « coûtera le double. Son père lui donnera  10.000 dinars en bonus. Mais elle utilisera cet argent pour la rentrée universitaire, en septembre. Pas de tenue spéciale Aïd pour elle ».

Si Malika dépense sans compter, ce n’est pas le cas des autres mères de famille. Au second niveau du centre commercial, nous croisons Lynda, 28 ans et son enfant de 7 ans.  Linda et son mari travaillent dur pour subvenir à leur besoin. Ils ont obtenu un logement AADL mais ils continuent à être locataires. « Cette année , je suis encore obligée de dépenser un peu moins que l’année dernière. Nous avons trop de charges alors ça sera 10.000 dinars, peut-être 15000 DA,  pas plus pour le petit », confie la jeune maman. Pour cette somme, elle lui achètera deux tenues « pour qu’il soit  aussi beau que les enfants de son âge » le jour de l’Aïd.

Boutiques vides

Une vendeuse dans une boutique de prêt-à-porter féminin à proximité intervient dans la discussion : « L’austérité nous a touchés aussi, vous croyez qu’il n’y a que les clients qui en pâtissent ». La jeune, fille encore étudiante, explique que la location de la boutique s’élève à 80.000 dinars par mois : « Faites le calcul. Mais regardez d’abord à l’intérieur de la boutique, il n’y a personne ».

La jeune fille prétend travailler à perte. « Si nous sommes encore là, c’est parce que le propriétaire a signé un contrat de location qui n’est pas arrivé à terme », explique-t-elle, en soulignant que c’est la première année où ils ne font pas un bon chiffre d’affaires pendant le ramadan. « Les autres années, les meilleures affaires, je les faisais pendant le mois sacré. La marchandise ramenée était écoulée le soir même. Ce n’est plus le cas cette année ». La jeune vendeuse assure qu’avant la crise, avec les recettes générées pendant le ramadan, «  on pouvait ne pas travailler pendant une année ».

« Nous avons du mal à joindre les deux bouts »

La crise, Fatima et son mari, la ressentent depuis plusieurs années déjà. Parents de trois enfants de 3, 5 et 8 ans, ils ont parfois du mal à joindre les deux bouts. « Ma cousine de l’étranger m’a envoyé des vêtements pour l’aînée. Pour la cadette, j’ai trouvé un petit ensemble. Pour le dernier, on cherche encore. Mais bon, à tous les coups on va déborder sur les budgets prévus initialement », déclare-t-elle. Le couple a décidé de dépenser 20.000 dinars au maximum. « Pas plus et rien pour nous les adultes. Le plus dur en fait est de trouver des chaussures pour enfants qui ne nous coûteront pas la moitié de notre budget ».  Cette petite famille tente d’économiser pour payer le montant de la prochaine tranche pour l’achat de leur logement AADL. Ils sont en location et le coût de la vie semble peser lourdement pour eux.

« J’espérais surtout faire un programme alimentaire riche et varié pour mes petits. Je voulais qu’au moins par semaine, ils mangent un peu de viande, un peu de poissons et du poulet, mais là c’est mal parti », conclut Fahima.

Source : tsa-algerie.com / Samira Hadj Amar

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