Saâdani tire à bout portant : «Ouyahia doit partir de la Présidence»



C’est le grand déballage que celui auquel s’est adonné, hier, le secrétaire général du FLN, Amar Saâdani. Ses relations tendues avec Ahmed Ouyahia, la réhabilitation de Chakib Khelil, le meeting de «La coupole» prévu aujourd’hui, la conférence de l’opposition ainsi que la crise économique, l’homme aux annonces retentissantes a encore sévi.

Une fois de plus, donc, le chef du FLN n’était pas y allé par quatre chemins pour dire le fond de ses pensées, lors de son passage au forum de la chaîne 1 de la Radio nationale, où il était invité à parler du meeting qu’organisent les partisans de l’initiative portant sur le progrès, la cohésion et la stabilité. Une démarche, du reste, qui prône comme mots d’ordre, le soutien inconditionnel au président de la République et le renforcement du Front intérieur autour d’un rempart, dressé devant la situation sécuritaire prévalant sur la bande frontalière du pays. Au-delà de la participation d’une foultitude de partis politiques, de plus d’un millier d’associations de masse et de personnalités nationales de tous bords. Mais passant, dès lors que ceci n’en constitue pas la surprise.

En tout cas, pas autant qu’elle l’est la grande interrogation du jour, celle de connaître la position d’Ahmed Ouyahia, secrétaire général par intérim du RND, par rapport au rassemblement de «La Coupole». Participera-t-il ou pas, telle était la question posée à Saâdani par la journaliste de l’organe médiatique public. Quoi que, il est utile de le rappeler, que l’ex-chef du gouvernement s’est déjà positionné par un refus poli à la démarche de son alter égo. Un fait qui corrobore les rumeurs prédisant son absence.

Celle-ci n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin de Saâdani qui était d’une réplique ne souffrant pas d’ambages. En prenant le soin d’épargner par ses attaques l’appareil politique du RND, le patron du FLN lâche crument en accusant : «Ouyahia n’est pas loyal envers le président de République». Une déclaration qui a laissé perplexe tout le parterre de journalistes venus couvrir le forum radiophonique. Même si, le rapport de force engageant les deux rivaux datant de plusieurs mois en arrière, déjà, relève d’un secret de polichinelle. Il a même poussé le bouchon en profondeur en estimant avoir compris qu’Ouyahia n’est animé que par l’ambition d’accéder au trône de la magistrature suprême. «Il veut se présenter aux présidentielles de 2019», a-t-il accusé l’actuel directeur de Cabinet auprès de la présidence de la République, lequel responsable, selon Saâdani, a personnalisé le problème, allusion à cette démarche ayant comme locomotive le FLN à sa tête.

Ce qui est, à croire l’invité de la radio, n’a pas été du goût de son ennemi juré, dans la mesure où ce dernier avait émis le vœu de relancer sa propre initiative politique, l’ex-Alliance présidentielle notamment. Ainsi, cette absence qui n’est pas des moindres pour un si haut cadre au centre des arcanes du pouvoir, de surcroît, en manquant un rendez-vous dont les participants s’offriront en bain de foule à Abdelaziz Bouteflika, ne fait qu’accentuer la polémique au sujet de l’avenir de «l’homme des situations de crise» au sein de la haute sphère décisionnelle du pays. Ceci, au moment où celui-ci est appelé à subir la pression de ses adversaires au sein de son parti, lesquels, parmi eux, il y’a au moins un candidat qui a annoncé sa candidature pour le poste de secrétaire général du RND, en prévision du congrès électif prévu en mai prochain. Pis, Saâdani ne semble pas trouver de prétexte à l’absence d’Ouyahia, dès lors que le meeting est en phase avec les «intérêts stratégiques» que partagent, pourtant, les deux partis au pouvoir.

Ceci, sachant qu’il y sera question par ce rassemblement, de soutenir le président de la République,  de se placer derrière l’ANP et de constituer un rempart contre les menaces terroristes des frontières qui pèsent sur le pays. «Ouyahia vit encore dans les années 90», a davantage frappé Saâdani, comme pour achever sa proie. Dans un entretien paru hier au journal électronique «TSA (Tout sur l’Algérie)», le chef du FLN a tout bonnement réclamé le départ du responsable de la deuxième force politique de son poste à la présidence de la République.

Il a tout aussi appris que le FLN ne soutiendra jamais la candidature de celui qu’il dit être ambitieux pour le poste de chef de l’État. Cependant, il n’a pas manqué d’assurer que des cadres et militants du RND sont annoncés présents dans ce meeting, pour dire, enfin, qu’il ne s’agit pas de s’attaquer au parti, mais tout juste à l’ex-chef du gouvernement. Abordant les relations entretenues entre les deux responsables des deux formations politiques, le SG du FLN dit s’être trompé d’avoir notamment noué des rapports amicaux avec son adversaire, notamment sur la base d’un soutien mutuel autour du pouvoir. Il semble même dire qu’il est trahi, pour ainsi dire. «C’est une erreur stratégique que de le soutenir», a-t-il annoncé d’emblée la position du FLN par rapport à toute prétendue candidature d’Ouyahia aux élections présidentielles de 2019. Au sujet de l’initiative politique qu’il a lui-même chapotée, Saâdani a appris qu’il est même prêt à quitter les commandes de ce Front, pour peu que le chef du RND vienne le rejoindre, a-t-il précisé. Ceci, comme pour dire qu’il avait suffisamment concédé devant les exigences d’Ouyahia, mais, lequel, finement, aurait été animé par d’autres considérations «personnelles et partisanes», comme le laisse entendre l’invité de la Radio. Qu’en est-il du chef du MPA, Amara Benyounès, sur le meeting et même sur l’initiative politique ? Saâdani, a appris que l’ex-ministre du Commerce l’avait joint par téléphone pour lui faire comprendre qu’il ne pourrait pas assister au meeting, sous prétexte qu’il se trouve en voyage à l’étranger. Cela étant dit, selon le conférencier, les militants et cadres de ce parti prendront part à ce regroupement.

« Khelil est protégé par la Justice»
Lors de ce forum, le SG du parti majoritaire a tout aussi revenu sur le retour et la réhabilitation de l’ex-ministre de l’Énergie et des mines, Chakib Khelil. S’étant lui-même le premier qui avait donné les prémices du comeback de l’ex-cadre de la Banque mondiale, Saâdani a encore une fois clamé l’innocence de son protégé. Pour lui, la polémique suscitée à ce sujet ne reflète que l’inquiétude de «ceux» qui prônent la «Justice des coulisses et aux ordres», a-t-il accusé, sans citer personne. Et à lui, d’évoquer, à ce titre, l’affaire dite «mains propres» du milieu des années 90, où environ 4 500 cadres d’entreprises ont été emprisonnés. Or, à croire Saâdani, Khelil n’a pas fait l’objet de poursuites judiciaires. D’ailleurs, il défie quiconque pouvant lui ramener des preuves concernant le mandat d’arrêt international prétendument lancé contre le mis en cause, la confiscation de son passeport et toute autre chose dite à ce sujet. Le chef du FLN, donc, soutien la thèse selon laquelle, c’est le DRS qui aurait orchestré un complot contre l’ex-membre du gouvernement.
Farid Guellil      

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