«Sans solution à la question kurde, la Turquie finira comme la Syrie»



Moyen-Orient Député kurde au parlement turc, Faysal Sariyildiz dénonce les exactions d’Ankara contre son peuple et la politique du président Erdogan.

Durant 79 jours, de la mi-décembre à février, Faysal Sariyildiz a vécu dans l’enfer de Cizre, cette ville du sud-est de la Turquie assiégée «à la syrienne» par l’armée d’Ankara, qui cherchait à en débusquer les combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Faysal Sariyildiz est le député de la circonscription de Sirnak, dont fait partie Cizre. Au parlement d’Ankara, il siège dans les rangs du HDP (Parti démocratique des peuples, prokurde), ce qui lui vaut les foudres du régime du président Erdogan, qui l’accuse de complot. De passage à Lausanne, dans le cadre d’une tournée européenne auprès de la diaspora kurde, Sariyildiz, 40 ans, fait le point sur la situation au Kurdistan turc et dans les pays voisins.

Député du HDP, êtes-vous concerné par la levée de l’immunité parlementaire votée le 20 mai?

Du fait de mes propos sur le président et sa politique, je serai l’un des premiers à être frappé par cette mesure. Si je rentre en Turquie, je risque d’être arrêté.

Qu’avez-vous dit pour être accusé de complot?

Ma circonscription de Sirnak est celle qui est la plus touchée par la guerre et les crimes commis par le gouvernement turc. Et moi, j’ai dénoncé ces crimes. C’est pourquoi je dérange. Mais j’affirme ici qu’un jour, les dirigeants turcs seront jugés comme Milosevic pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Allez-vous rentrer en Turquie malgré les menaces qui pèsent sur vous?

Quand je vois ce qui s’est passé et ce qui se passe dans ma circonscription, où des gens perdent chaque jour la vie, je n’ai pas le droit de me préoccuper de mon sort. Je peux prouver qu’à Cizre, durant l’état d’exception qui a duré 79 jours entre le 14 décembre et février, 259 civils ont été assassinés par l’armée et la police turques. Parmi eux, 150 ont été brûlés vifs dans une cave.

Vous êtes donc en Europe pour témoigner?

J’ai été le témoin des massacres les plus terribles qu’a connus ma région. Je suis là pour témoigner. On doit rappeler aux Européens leurs valeurs mais aussi leurs responsabilités dans cette histoire. Ces crimes, ce ne sont pas que des crimes contre les Kurdes mais contre l’humanité. Il est important que l’Europe sache ce qui se passe.

Le président Erdogan accuse votre parti d’être contrôlé par le PKK. Que répondez-vous?

Le HDP est un parti légal et démocratique. S’il nous arrive de comprendre le PKK dans sa lutte contre l’Etat turc, nous n’avons aucun lien organique ou hiérarchique avec lui.

Comment expliquez-vous la reprise du conflit entre Ankara et le PKK?

Elle est due aux pertes électorales de l’AKP, le parti du président. Erdogan a relancé la guerre pour remporter les élections anticipées de novembre. L’AKP joue sur la crise et le conflit pour se maintenir. Son moteur, c’est une idéologie nationaliste et islamiste.

Vous accusez Erdogan de complicité avec Daech, c’est très grave…

Le monde entier sait que la logistique et les combattants de Daech passent ou sont passés par la Turquie. C’est le soutien indirect d’Erdogan à Daech qui a provoqué les millions de réfugiés qui ont fui la Syrie. Et maintenant, Erdogan fait chanter l’Europe avec les réfugiés.

On dit qu’en Syrie et en Irak, c’est l’heure des Kurdes. Et en Turquie?

Les Kurdes de Turquie sont bien organisés. Ils ont une forte conscience politique et démocratique. La lutte contre les régimes autoritaires, qui a commencé en Tunisie, en Egypte ou en Libye, est aujourd’hui aux portes de la Turquie. Le message que nous voulons faire passer est le suivant: si on ne trouve pas une solution à la question kurde, la Turquie finira comme la Syrie.

Conférence Jeudi 2 juin dès 18 h 30 à la Maison du peuple à Lausanne, Faysal Sariyildiz participera à une conférence-débat organisée par le Parti socialiste vaudois et le HDP.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Bernard Bridel

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