Shimon Peres disparu, «Israël pleure un géant!»



Proche-Orient Le dernier des pères fondateurs de l’Etat hébreu est décédé ce mercredi à Tel-Aviv à l’âge de 93 ans. Son peuple perd un grand optimiste.

«Je l’ai rencontré le 11 septembre, deux jours avant sa fatale attaque cérébrale, et il bouillonnait alors encore d’idées et de projets», raconte Aude Marcovitch, qui a recueilli sa dernière interview pour le périodique Politique internationale. «Entouré d’une équipe de jeunes collaborateurs, élégant et souriant, il respirait l’énergie et l’optimisme, indiquant qu’il voulait mettre le complexe du Centre Peres pour la paix à la disposition des jeunes chercheurs du high-tech israélien et de leurs collègues du Proche-Orient», dit encore celle qui fut journaliste à la Tribune de Genève et à 24 heures.

Premier ministre à deux reprises (1984-1986 et 1995-1996), Peres a assumé 18 fois des portefeuilles ministériels avant de devenir en 2007 le neuvième chef de l’Etat hébreu pour un mandat de sept ans. «Je rêvais d’être berger et le poète des étoiles, pas de devenir président… Mais il n’est pas interdit à un président de rêver», avait-il alors déclaré. L’onirisme, c’est le fil d’Ariane d’un parcours dont les étapes ont jalonné l’histoire d’Israël.

Père de la bombe

Cela commence par une légendaire rencontre en auto-stop avec Ben Gourion – le fondateur de l’Etat en 1948 – qui en fera le directeur général du Ministère de la défense. A 29 ans, il négocie les achats d’armes avec l’ancienne Tchécoslovaquie et engage un rapprochement avec la France grâce auquel le jeune Etat israélien se dotera d’une centrale nucléaire à Dimona, dans le Néguev, prudemment qualifiée d’«usine textile». Shimon Peres crée ensuite les puissantes Industries militaires israéliennes d’armement et les Industries aérospatiales. «Ses compatriotes l’identifient surtout à son rôle clef dans le domaine sécuritaire. Il a d’ailleurs été associé aux faucons travaillistes et a favorisé les premières colonies juives dans les Territoires occupés après la guerre des Six Jours (1967)», souligne Ilan Greilsammer, professeur de politique comparée à l’Université Bar-Ilan de Tel-Aviv.

Shimon Peres parie cependant toujours sur l’avenir. Chef de la diplomatie du second cabinet travailliste d’Yitzhak Rabin, il lance ainsi un pavé dans la mare: Le Nouveau Proche-Orient. Cet ouvrage fera date après la signature, en 1993, des Accords d’Oslo secrètement négociés avec l’OLP de Yasser Arafat. Shimon Peres est lauréat du Prix Nobel de la paix en 1995, conjointement avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin. Mais ce dernier est assassiné à Tel-Aviv en 1995 par un extrémiste juif. L’année d’après, Benyamin Netanyahou, fringant jeune chef du Likoud (droite), bat Shimon Peres aux législatives.

Le mal-aimé

Né en Pologne et immigré en Israël en 1934, le leader travailliste n’a jamais eu les faveurs du suffrage universel. Mal aimé de l’opinion israélienne, qui le juge «trop intellectuel», il passe pour «un éternel perdant», «un infatigable intrigant», selon l’expression de Rabin, son rival au parti. Il est hué, on lui lance des tomates, il y a des rumeurs calomnieuses. «Mais sa faculté de rebondir et son optimisme ont fini par forcer l’amour et le respect unanime des siens, qui le considèrent comme un irremplaçable géant», affirme Yoram Déri, son proche collaborateur depuis vingt-six ans.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Ouri Daniel

Laisser un commentaire