Singapour poursuivra des sociétés polluantes



IndonésieLa ville-état n’en peut plus de suffoquer sous les feux de forêt que des exploitants provoquent pour défricher.

Singapour refuse malgré les protestations de Jakarta de revenir sur sa décision de poursuivre en justice des sociétés indonésiennes responsables des feux de forêt qui asphyxient chaque année la ville-Etat et une partie de l’Asie du Sud-Est.

Ces incendies sont un problème récurrent à la saison sèche, et sont provoqués par le défrichage sauvage de terres en Indonésie pour la production de pâte à papier et d’huile de palme.

Mais le phénomène a atteint l’an dernier un degré tel en Malaisie, à Singapour et sur une partie de la Thaïlande que les fumées âcres ont entrainé la fermeture d’écoles et fait des milliers de malades.

Vive réaction de Jakarta

Singapour a saisi la justice contre six sociétés indonésiennes qu’il juge particulièrement responsables et menace de s’en prendre à d’autres, a déclaré l’ambassadeur de la cité-Etat en Indonésie, Anil Kumar Nayar.

«Nous poursuivons les méchants, pour être clairs, ceux qui causent ce problème», a-t-il dit récemment à l’AFP.

Mais cette tentative de sanctionner des sociétés indonésiennes au nom de la législation singapourienne anti-pollution a provoqué une vive réaction de Jakarta.

Singapour assure que le droit international autorise des Etats à agir — même si l’origine du problème se situe hors de sa juridiction — mais l’Indonésie conteste le droit de son voisin à poursuivre des ressortissants indonésiens, faisant notamment valoir l’absence de traité bilatéral d’extradition.

La querelle s’est exacerbée avec l’émission par Singapour d’un mandat d’arrêt en mai contre le directeur d’une société indonésienne incriminée pour les incendies au moment où il se trouvait dans la ville-Etat.

Jusqu’à 100’000 dollars d’amende

La ministre indonésienne de l’Environnement, Siti Nurbaya Bakar, a réagi en déclarant vouloir réexaminer la coopération de son ministère avec Singapour.

«Singapour ne peut pas continuer à empiéter sur le domaine juridique de l’Indonésie», a-t-elle dit à la presse le mois dernier.

La législation singapourienne prévoit des amendes pouvant atteindre 100’000 dollars de Singapour (74’000 dollars US) par jour de pollution à l’encontre des sociétés singapouriennes ou étrangères responsables.

Jusqu’à présent, deux sociétés seulement ont répondu aux injonctions de la justice, a ajouté M. Nayar, sans autre précision.

Singapour a réclamé à l’Indonésie des informations à de multiples reprises sur les sociétés concernées mais se plaint de n’avoir par reçu de réponse.

L’Indonésie argue qu’une approche régionale permettrait de mieux résoudre la question des incendies de forêt que des actions individuelles.

La Malaisie aussi

«Les Singapouriens savent ce que nous en pensons, que la meilleure solution passe par un recours aux mécanismes de l’ASEAN», l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est, a déclaré le porte-parole du ministère indonésien de l’Environnement, Arrmanatha Nasir.

L’organisation régionale qui regroupe dix pays prévoit de débarrasser la région des fumées d’ici 2020 mais il a fallu 14 ans pour que le traité soit pleinement ratifié et M. Nayar se plaint de la lenteur des progrès pour le mettre en oeuvre.

La Malaisie, autre membre de l’ASEAN victime de la pollution, envisage également de se doter de sa propre législation sur le modèle singapourien contre les sociétés fautives.

Jakarta a promis de son côté plus de fermeté à la suite de la crise de l’an dernier qui a coûté pas moins de 16 milliards de dollars à l’économie indonésienne.

Le gouvernement a annoncé en mai qu’il n’accorderait plus de subvention aux plantations de palmiers à huile et qu’il allait créer une nouvelle agence pour la restauration de millions d’hectares de tourbières qui risquent de prendre feu. (afp/nxp)

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