Syrie : les négociations de Genève toujours dans l’impasse, sur le terrain la guerre continue



Le processus de négociations intersyriennes à Genève,  sous l’égide de l’ONU, est toujours dans l’impasse. La seconde session qui s’achève ce vendredi 22 avril, a été marquée par le retrait des discussions des principaux responsables de l’opposition syrienne. Ces derniers ont commencé à quitter mardi, Genève, jugeant « inacceptable » de poursuivre les négociations de paix avec le régime de Damas qu’ils accusent de « massacrer des civils ». Ces opposants continuent de poser la déchéance du président syrien Bachar el-Assad comme condition à la poursuite des pourparlers sur un gouvernement d’unité. L’opposition insiste sur la constitution d’un « organe gouvernemental de transition », doté de pouvoirs exécutifs et dont serait exclu le président Assad.

Restés quand à eux dans les négociations, les émissaires du gouvernement de Damas ont rencontré à nouveau jeudi, le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura. Ramzy Ezzeldin Ramzy, le chef de la délégation désignée par Bachar el-Assad, lui a assuré que la solution politique en Syrie devait reposer sur un « gouvernement d’union nationale élargi, une Constitution et des élections législatives ».

Concernant la composition de ce gouvernement élargi, il a indiqué que cela devrait être ouvert à « des membres qui rejettent le terrorisme » et des représentants de « l’opposition nationale qui ne travaillent pas pour le compte de puissances étrangères », sous-entendu l’Arabie Saoudite et la Turquie, notamment. Il a ajouté que le futur gouvernement devrait inclure des « représentants de notre gouvernement actuel » et des « technocrates et des figures indépendantes ».

La difficile médiation de l’ONU

Staffan de Mistura, l’émissaire spécial de l’ONU a donc rude partie pour tenter de rapprocher les différentes positions. Il a présenté un document en douze points pour tenter de trouver des synthèses partielles. Tout d’abord, le  texte revient  sur le contexte particulier né des conflits antérieurs et sur la nécessité pour ce pays particulièrement de trouver des moyens pacifiques pour la récupération du Golan, toujours occupé par Israël. Benjamin Netanyahu, a tenu dimanche dernier à réunir son Conseil des ministres de manière provocante, sur le Golan. Israël et la Syrie restent officiellement en état de guerre.

Sur le plan interne, le document vise également à l’apaisement et au renforcement constitutionnel des droits démocratiques : «  Il n’y aura pas de discrimination mais une pleine protection de toutes les identités nationales ethniques, religieuses, linguistiques et culturelles… Les femmes doivent disposer de l’égalité des droits et d’une représentation minimale de 30% dans toutes les institutions et les structures de prise de décision pendant et après la transition  ».

C’est évidemment sur la question sensible de la nature du gouvernement de transition que les propositions de l’émissaire de l’ONU, étaient très attendues. Mais il reprend pour l’essentiel en point 6 de son document, les propositions de principe  du Conseil de sécurité : « Conformément à la résolution 2254/2015 du Conseil de sécurité, la transition politique en Syrie doit inclure les mécanismes d’une gouvernance crédible, inclusive et non-sectaire, un calendrier et un processus d’élaboration d’une nouvelle Constitution, des élections libres et équitables en vertu de la nouvelle Constitution, sous la supervision des Nations unies ».

Sur le terrain, la guerre continue

Chaque point de détail des diverses propositions de l’ONU divise aujourd’hui les différentes parties qui toutes combinent l’épreuve de force dans les négociations et sur le terrain : la trêve décrétée il y a près de deux mois, connait aujourd’hui de nombreuses violations de part et d’autre. Avec en arrière-plan, l’intervention de grandes puissances étrangères qui se surveillent mutuellement : la Russie maintient une « présence militaire considérable » en Syrie « malgré l’annonce du retrait partiel » de ses troupes, a déclaré jeudi à Ankara le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg. »

Malgré l’annonce du retrait partiel, nous voyons que la Russie maintient une présence militaire considérable pour soutenir le régime d’Assad en Syrie ». Le soutien russe a en effet permis à l’armée de Bachar, avec la reprise symbolique de Palmyre,  de reprendre l’offensive dans tout le pays, parfois avec difficulté comme les montrent les contre-offensives du groupe Al-Nosra et celles menées par l’EI ces derniers jours. L’opposition officielle ne désarme pas et continue de conserver toutes les zones qu’elles contrôlent. Les éléments qui parmi elles  se sont réunis à Ryad en décembre dernier, bénéficient du soutien diplomatique et militaire de l’Arabie Saoudite. L’aide américaine aurait également reprise en s’intensifiant.

Les Kurdes de Syrie ont bénéficié du chaos généré par cinq ans de guerre, qui a morcelé le pays, pour s’étendre leur contrôle dans certaines régions du nord. Ils disposent aujourd’hui de leur propre armée.

Reste le problème principal : Daech. Jean-Yves le Drian, le ministre de la Défense français, d’habitude peu loquace a surpris les milieux politiques en délivrant jeudi un message optimiste : « Les conditions sont en train de se réunir pour éradiquer Daech » du coup,  « les objectifs de la coalition sont que Mossoul et Raqqa tombent avant la fin de l’année ».

Source : tsa-algerie.com / Pierre Morville

Laisser un commentaire