Tanina descend de son nuage bleu



Mon nom est Tanina. Je suis étudiante en sciences exactes à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Quand j’ai connu Saïd, j’étais morte de joie. Il m’apparaissait beau comme un Dieu. Nous habitions tous les deux le même village d’At Yilef, dans la Kabylie maritime. J’étais heureuse et fidèle. Je n’étais pas comme mes camarades qui changeaient d’amis chaque semaine ou chaque mois. Mes amies insistaient pour me présenter des amis à qui je plaisais, selon elles, mais j’ai toujours refusé. Je ne peux dire quand ni comment Saïd est entré dans mon cœur. Il me plaisait et je me suis retrouvé à l’aimer à la folie. Je ne vivais que pour lui. Chaque jour, j’attendais impatiemment la venue de mon prince charmant, dans la cité universitaire de Medduha ou je résidais. J’étais folle de joie quand je le voyais en train de m’attendre devant le portail. Je sortais en vitesse de la cité. Il me prenait la main et nous partions déambuler dans les rues de Tizi-Ouzou ou roucouler comme des amoureux dans un salon de thé.

Un jour, mon amie Ourida m’invita au salon de thé « La délicieuse. » Je sirotais un café et elle fumait une cigarette pendant qu’elle me racontait ses innombrables aventures amoureuses. A un certain moment, elle me dit :                      -« Je ne voudrais pas te choquer ou être désagréable mais comme tu es mon amie intime, je dois te révéler certaines vérités, même si elles sont amères. Je pense qu’il vaudrait mieux que tu saches ce qui t’attend aujourd’hui que de te retrouver dans la gueule du loup, demain. »

Tanina était interloquée mais elle ne comprenait rien aux insinuations de son amie.

-« Explique-moi s’il te plait. Je ne comprends rien à ton discours. Tu me fais peur avec tes insinuations. »

-« Viens, accompagne-moi chez le vendeur de parfum qui se trouve dans l’avenue Abane Ramdane, tu comprendras tout au moment opportun. »

-« Ne me dis pas que tu es tombée amoureuse pour l’énième fois de ce vaurien de vendeur. »

-« Non, rassure-toi, dit-elle, en éclatant de rire. »

Tanina et Ourida arrivent devant la parfumerie.

-« Chut ! Gardons le silence et attendons un peu, dit Ourida. Tu rentreras dans la boutique quand je te ferais signe. »

Au signal d’Ourida, les deux amies rentrent dans la parfumerie.                          « Regarde dans l’arrière boutique, chuchote Ourida dans l’oreille de son amie. »

Tanina regarde dans l’arrière boutique et aperçoit Saïd avec Letticia dans ses genoux, enlacés, en train de s’embrasser et de se caresser. Elle sentit le monde s’écrouler sous ses pieds. Elle recula, tremblante d’émotion. L’étonnement, la déception et la colère se lisaient sur son visage abattu, ravagé par les larmes. Elle courut en pleurant vers la cité universitaire. Ourida la suit et tente vainement de la consoler, la réconforter.

-« Arrête de pleurer ! Ne me dis pas que tu ne connais pas les garçons. Les pauvres ! Ils manquent terriblement d’affection ! Ils ressemblent aux papillons qui recherchent incessamment un peu d’amour dans chaque fleur qu’ils rencontrent. »

Tanina a vécu une semaine cauchemardesque à pleurer et méditer sur sa malchance, brisée par les morsures impitoyables de l’infidélité.

Une semaine après cette mésaventure, Saïd invita Tanina à sortir avec lui comme il avait l’habitude de le faire. Elle refusa catégoriquement et lui déversa à la figure son trop plein de dépit. Saïd voulut nier l’évidence mais quant elle lui donna tous les détails, il resta sans voix. Elle l’envoya balader d’un ton ferme et définitif en lui disant :

-Va, espèce de papillon sans foi ni loi épouser Letticia, à moins que tu la trompes elle aussi. Adieu ! Je ne voudrais plus te revoir !

Une nouvelle de Saïd Chemakh, adoptée par Hammar Boussad.

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