Terrorisme routier en Algérie : entre prévention et répression



Le carnage continue dans une totale indifférence ! En l’espace de 24h, en ce début de la nouvelle année, plus de 20 morts ont été enregistrés à travers le territoire national suite à de nombreux accidents routiers.

Et comme à l’habitude, ce sont les transporteurs de voyageurs ou de marchandises qui sont à l’origine de ces drames. Le bilan annuel de l’année écoulée qui affiche plus de 4000 morts, sans compter le nombre effarant de blessés, ne semble pas atteindre la conscience des législateurs et autres responsables de la réglementation routière, vient de le faire remarquer, à juste titre, un journaliste. Les pouvoirs publics, au lieu de briser cette spirale infernale des accidents de la route, se perdent en conjonctures et placent le débat sur l’opportunité du permis de conduire à points. Pire, note un éditorialiste, on réfléchit sur la nécessité d’augmenter les tarifs de contrôle technique et de certaines vignettes, plaçant ainsi l’esprit mercantile avant la sécurité des usagers de la route.

Certes, une nouvelle structure a été créée à l’initiative du gouvernement. C’est la Délégation nationale de prévention et de sécurité routière qui est missionnée pour explorer et faire faire introduire les solutions les plus appropriées pour mener une lutte continue et plus efficace contre la multiplication effarante des accidents de la route. En attendant, les statistiques sont aussi mauvaises que têtues et la structure mise en place n’apporte rien de vraiment nouveau pour résorber le trop plein des accidents routiers.

En 2016, Le ministre de la Communication avait donné le coup d’envoi d’une grande campagne de sensibilisation contre la violence routière, qui a été lancée à travers les ondes de la radio nationale et les 48 autres stations régionales. La décision de lancer cette campagne, avait dit Hamid Grine, est venue répondre à l’impératif « de freiner l’hécatombe » qui s’abat sur nos routes, conférant aux chiffres sur les accidents routiers dans notre pays, de tristes records et portant aux finances publiques, un préjudice incommensurable.

Les spots publicitaires ont, ainsi, inondé les ondes radios et la télévision, pour appeler à la prudence et au respect du code de la route. Ce qui a conféré à l’opération, selon certains Algériens sceptiques, un sentiment de déjà vu et de déjà entendu ! Encore une campagne dont il ne restera que quelques messages qui auront tournés en boucle dans la routine de notre quotidien. A ce propos justement, une enquête a été menée en 1988 en France, sur les 15 années de campagnes précédentes de prévention routière. Elle a démontré que dans l’esprit des personnes interrogées, ces campagnes successives renvoient plus à « l’inéluctable qu’à la prévention » et que le problème est chez les autres !

Les années suivantes, les campagnes ont été retravaillées sous un angle différent pour impliquer davantage les usagers de la route. Les phrases-clés deviennent ainsi «Faisons la route ensemble», «Ensemble, on est sur la même route», et «Savoir conduire, c’est savoir vivre». L’année d’après, la campagne se disait avec des images choc qui montrent frontalement les conséquences d’une conduite sous emprise de l’alcool. Les responsables ont, par la suite, préféré alterner et jouer de tous les registres, y compris l’humour.

Chez nous, la mort est présente sur nos routes à chaque virage. On perd la vie par fatalité. Par imprudence surtout. Le pays a un ennemi : le terrorisme routier ! Chaque année près de 4000 personnes meurent sur les routes et 60 000 autres sont blessées à diverses degrés. Avec des handicaps lourds. Le trésor public enregistre chaque exercice une perte sèche de 100 milliards de dinars. Constat terrible. Pourtant, loin d’être un problème algérien, les accidents de la route sont un véritable fléau planétaire. D’après l’OMS, ce sont près de 1,4 million de personnes qui trouvent la mort tous les ans sur les routes. L’insécurité routière est même devenue la 8ème cause de mortalité dans le monde. Elle est, surtout, la première cause de décès des jeunes de 15 à 21 ans et 1 enfant serait tué toutes les trois minutes.

Les Nations unies ne sont pas restées sourdes face à ce macabre constat et ont lancé dès 2011 «une décennie d’actions pour la sécurité routière», avec l’objectif de préserver la vie de 5 millions de personnes sur les routes du monde entier, d’ici 2020.

Chez nous, il faut reconnaitre que le ministre Hamid Grine, s’était, courageusement, saisi du problème, contrairement au ministre des transports, étrangement absent du débat. Il n’a pas, toutefois, fait référence aux objectifs tracés par les Nations-Unies, mais peu importe, dès lors ou l’intérêt est le même, à savoir préserver la vie humaine ! Va-t-il, pour autant, se contenter de faire jouer aux journalistes un rôle de commentateurs pour répéter, inlassablement, comme tous les spécialistes de la question, que l’augmentation des accidents est due à l’état des routes, à la défaillance des véhicules et à l’imprudence des conducteurs ? Ou s’apprête-il alors, à mettre en œuvre dès 2017 un plan d’action qu’il aura, au préalable, soumis au gouvernement ?

Et risquer, ainsi, d’empiéter dans le domaine de compétence de ses autres collègues ministres, sachant que la sécurité et la prévention routières ne peuvent trouver leur solution en dehors de la concertation et l’inter-sectorialité qui les caractérisent ? Le ministre de la communication semble avoir tiré son épingle du jeu, en affirmant que « si le rôle des médias est nécessaire, il y va s’en dire qu’à elle toute seule, la communication n’arrêtera pas, à coup de spots publicitaires, les accidents de la route ».

On ne peut pas dire autant du ministre des transports et des travaux publics, Boudjemaa Talai qui, à la stupeur générale, vient d’accorder aux transporteurs une concession de taille en les autorisant d’acquérir du matériel d’occasion pour renouveler leur flotte !

Il y a aussi les mesures prévoyant par exemple, l’obligation de la présence de deux conducteurs dans chaque bus pour se relayer dans les grands trajets, comme également l’exigence d’équiper les poids lourds d’un chrono tachygraphe digital, communément appelé «mouchard» (il s’agit d’un appareil électronique intégré au véhicule qui enregistre les temps de conduite et de repos du chauffeur, la vitesse du véhicule. la distance parcourue), qui tardent à être mises en œuvre.

S’agissant de la Délégation nationale de prévention et de sécurité routière, il faut dire qu’il ne s’agit pas d’une trouvaille algérienne : on s’est inspiré de ce qui existe déjà par ailleurs, en France en l’occurrence ! A la différence que «la délégation française» donne la priorité au volet répressif de la sécurité routière, car le ministère de l’intérieur français est :

* Non seulement, l’un des acteurs historiques majeurs de la sécurité routière et les récentes réformes administratives ont renforcé ses responsabilités en la matière : avec le rattachement de la gendarmerie nationale au ministère de l’intérieur, mais aussi, il a autorité directe sur les deux forces chargées de faire respecter les règles de la sécurité routière : police et gendarmerie. Ce rapprochement lui permet de renforcer la cohérence de la lutte contre l’insécurité routière qu’il mène sur le terrain.

En Algérie, comme chacun le sait, si la police nationale relève de l’autorité du ministre de l’intérieur et des collectivités locales, la gendarmerie ou «Darak El Watani» comme elle est appelée officiellement, relève de la tutelle du ministère de la défense nationale. Toute la différence est là. Peut-on pour autant conclure et dire que la délégation nationale de prévention et de sécurité routière est une coquille vide ? Et aussi, budgétivore ? A moins de mettre en place un ministère chargé de la sécurité publique comme il se murmure dans quelques salons de la Capitale, ce qui permettra au ministre ainsi désigné de «coiffer» l’ensemble des forces intervenant sur les routes. Et d’unifier la stratégie de lutte contre la délinquance routière !

Parenthèse fermée, on ne doit plus, désormais, se contenter d’une campagne ponctuelle et se dire qu’on a fait le boulot. L’action de sensibilisation aux dangers de la route doit se prolonger dans le temps :

1. Pour devenir, par exemple, un « thème d’action et de communication privilégié » pour les walis !

2. Elle doit aussi donner naissance à un « continuum éducatif » qui doit être mis en place et enseigné à l’école primaire en passant par le collège et le lycée.

Tout ceci pour dire que tout le monde est concerné par la violence routière. Y compris les animaux ! En Grande Bretagne, le gouvernement britannique a lancé une campagne de prévention routière insolite, mettant en scène des animaux de la ferme : des messages comme : « slow down » ont été peints, en rouge, sur les toisons des moutons afin d’attirer l’attention des conducteurs. D’autres messages ont été inscrits sur des convois agricoles, des vaches ou encore des chevaux. Le ministre en charge de la sécurité routière, Andrew Jones, a déclaré : « On ne sait pas encore si cette campagne permettra de réduire le nombre d’accidents sur nos routes, mais avec plus de 100 000 vues sur You tube, notre initiative a rencontré un franc succès chez les internautes ».

Violence, trash, musique marquante, émotion, les adeptes de la prévention routière sont passés par divers exercices stylistiques pour attirer l’attention des automobilistes et plus largement, les usagers de la route. Ceux favorables à la répression persistent à croire, pour leur part, que les images choquent lorsqu’on les voit, mais le conducteur n’y repense plus une fois au volant.

Cherif Ali

Source : lematindz.net

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