Tony Blair accusé d’avoir été un va-t-en-guerre



Invasion de l’IrakPour le comité Chilcot, Tony Blair n’a pas menti. Mais
il a engagé le pays dans un conflit sans discernement, ni transparence.

Il aura fallu sept ans pour voir l’aboutissement de l’enquête sur le rôle du Royaume-Uni dans le conflit irakien. Sept années d’attente pour les familles des 179 soldats britanniques tués en Irak et les principaux protagonistes politiques, au premier rang desquels l’ancien premier ministre Tony Blair.

Après avoir rappelé que son comité avait été mandaté pour déterminer «s’il était juste et nécessaire d’envahir l’Irak en mars 2003 et si le Royaume-Uni aurait pu et dû être mieux préparé pour ce qui a suivi», le président du comité d’enquête John Chilcot s’est révélé sans pitié pour l’ancien chef du parti travailliste.
«Nous avons conclu que le Royaume-Uni a choisi de rejoindre l’invasion de l’Irak avant que les options pacifiques de désarmement aient été épuisées. L’action militaire n’a pas été utilisée en dernier ressort.» Au regard des dizaines de témoignages et des milliers de documents étudiés, «la sévérité de la menace par les armes de destruction massive irakienne était présentée avec une certitude non justifiée. Il est maintenant clair que la politique vis-à-vis de l’Irak a été décidée sur la base d’informations et d’analyses erronées.»

En agissant contre l’avis du Conseil de sécurité des Nations Unies, où Paris refusait de suivre Washington et Londres, «le Royaume-Uni a par ailleurs endommagé l’autorité du Conseil de sécurité». Un geste d’autant plus regrettable que «les circonstances dans lesquelles il a été décidé qu’il existait une base légale à l’action militaire britannique étaient loin d’être satisfaisantes». Tony Blair est ainsi directement pointé du doigt pour ne pas avoir partagé ses informations avec les principaux responsables de son gouvernement et avec les députés de la Chambre des communes. Ceux-ci ont entériné l’invasion de l’Irak par 412 voix contre 149.

Les rapporteurs estiment également que «malgré des avertissements précis, les conséquences de l’invasion ont été sous-estimées. La préparation de l’Irak d’après Saddam Hussein a été inadéquate. Le gouvernement a échoué à remplir ses objectifs.» L’invasion a abouti à la mort d’au moins 150 000 Irakiens, dont une majorité de civils, et au déplacement de millions d’entre eux.

La réputation de Tony Blair devrait largement souffrir de ces analyses. Et si John Chilcot ne considère pas que Tony Blair a menti, cet avis n’est pas partagé par tous les parlementaires. Pour le conservateur David Davis, il existe «de nombreuses preuves» qu’il a volontairement trompé les députés, notamment en niant que l’objectif de la guerre était de «changer le régime en place». La lettre rédigée par Tony Blair à l’intention du président américain George W. Bush en juillet 2002, soit quelques mois avant l’invasion, est à ce propos très parlante. Commencée par les mots «Je serai avec vous, quoi qu’il arrive», elle explique que «se débarrasser de Saddam est la juste chose à faire».

Tony Blair a réfuté avoir menti. «Comme le rapport le dit, il n’y a pas eu de mensonges, le parlement et le gouvernement n’ont pas été trompés, il n’y avait pas d’engagement secret à aller en guerre, les informations n’ont pas été falsifiées et ma décision a été prise de bonne foi», a-t-il expliqué. Pour l’ex-premier ministre, «le coût humain de l’inaction aurait été plus grand pour le monde sur le long terme». (24 heures)

Source : www.24heures.ch / Tristan de Bourbon Londres

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