Trahison des élites, contrefaçon d’histoire et « ghachi » !



La rue Raymonde-Peschard à Constantine fait angle droit avec la belle rue Abane Ramdane, une des principales artères de la ville. La vieille plaque portant le nom de la rue a été changée a l’occasion, je crois, de l’année de la « culture baathiste », pardon « arabe ».

Rappelons, pour ceux qui ne le savent pas, que Raymonde Peschard est une militante communiste de Constantine qui a rejoint le FLN. Elle est tombée au champ d’honneur, avec d’autres patriotes, en 1957 non loin de Médjana/BBA. Sur la nouvelle plaque elle est devenue Raymond, la lettre « e » ayant été oubliée, alors qu’en arabe, le nom et le prénom sont justes. Toujours a Constantine, il y a le « boulevard des cliniques » où se construit, cahin-caha, une dizaine de cliniques « privées » avec l’argent des banques publiques qui, on l’espère, ont prévu les dispositions permettant la récupération de l’argent du peuple sans problèmes et dans les délais prévus. Ce « boulevard » a été récemment baptisé, heureuse initiative, « avenue Chamchmi Messaoud » en français et « Chamsmi Messaoud » en arabe. Les trois points sur la deuxième lettre «sine» ont été, eux aussi, oubliés. Je ne sais rien de ce valeureux patriote mais la plaque montre qu’il est tombé au champ d’honneur en 1958 à l’âge de 31 ans. Aujourd’hui, à cet âge, beaucoup d’Algériens ne maitrisant aucune langue et ne lisant ni livres ni journaux, s’énervent, se bagarrent et s’attristent pour un match de mauvais football, joué par des recalés de l’école ou des refusés en équipe de France grassement payés grâce aux subventions de l’Etat qui s’appuie sur le « hassi » depuis 1971.

Il y a de quoi désespérer du présent quand on sait que, comme Hadj Raouraoua aujourd’hui, Abbes Laghrour (paix à son âme), en son temps, gérait aussi des footballeurs: « A Khenchela, dans l’après-midi du dimanche 31 (octobre 1954), l’équipe de football a livré avec son mordant habituel, son match dominical. A la sortie des vestiaires, les joueurs se sont rendus à fontaine-chaude, d’anciens thermes romains. Ils ont revêtu des tenues militaires, cachées, avec des armes, sous des pierres. Et, dans la nuit, ils participent aux opérations menées contre le bourg. Le transformateur saute. Le commissariat est envahi, et trois gardiens de la paix sont dépouillés de leurs armes… » (1).

On peut se tromper dans la transcription des noms des martyrs, mais les responsables auraient dû s’en apercevoir : c’est un problème de contrôle avant la réception et l’installation des plaques. Le contrôle est du ressort d’un chef.

Autre cas de défaillance du chef, toujours a Constantine : à la cité Zouaghi, en allant du rond-point vers le « lotissement Belhadj, on a une vue d’ensemble sur le cimetière et on peut constater que des tombes n’ont pas la même orientation, il doit y avoir une différence d’environ trente degrés et peut être plus. La bonne orientation de la tombe est pourtant une exigence de la religion, cette belle religion au nom de laquelle des « sahaba » (compagnons du prophète) de contrefaçon ont voulu détruire le pays. On voit aussi que dans un des lots mal orientés, une tombe n’est pas parallèle à ses voisines, c’est certainement un proche du défunt qui a constaté la bêtise et a rectifié au moment opportun pour la tombe de son parent. On peut conclure que l’orientation des tombes a été laissée à l’initiative du «haffar» (celui qui creuse la tombe) pauvre bougre, agent de la commune, qui n’a pas été instruit sur la façon de faire et dont le travail n’est jamais vérifié par le chef ou le chef du chef. De ce fait l’ordre dans nos cimetières est pareil à l’ordre dans nos souks, si on peut parler «d’ordre» dans nos souks. .

Certaines «mauvaises langues», pas tellement mauvaises, on dit que le « peuple est trahi par son élite ». L’élite d’un peuple commence avec le contremaître qui doit diffuser ses connaissances à ses agents et finie avec le président de la république qui ne doit rien cacher au peuple, même pas une calvitie avancée, en passant par le général qui ne gifle pas l’agent de police femme qui, ne l’ayant pas reconnu, a voulu le verbaliser et le ministre qui ne recrute pas sa fille dès sa nomination au gouvernement.

D’autres «langues», pas mauvaises du tout, ont dit que «la trahison de l’élite est due au fait qu’elle n’est pas authentique : c’est une élite de contrefaçon fabriquée par le régime du parti unique». En effet l’élite authentique, si elle ne s’est pas expatriée, elle est empêchée d’être visible. Le fait que Raymonde et Chamchmi soient devenus Raymond et Chamsmi et qu’il n’y a pas eu de réaction, de mesure corrective , prouve que dans le secteur public, l’administration et les institutions certains chefs ne se distinguent des simples agents que par le montant dans la fiche de paie et la capacité a …truander l’état et discréditer la fonction.

Comme de simples agents, ceux qui sont payés pour créer ou faciliter la création d’emplois aux citoyens ont des problèmes pour caser leur progéniture : ils les imposent aux entreprises et institutions étatiques. Comme de vulgaires truands, des universitaires volent aux majors de promotions les postes de doctorant et les bourses d’étude à l’étranger pour les attribuent à leurs enfants et à ceux «des copains et des coquins». Comme des commerçants malhonnêtes, des enseignants peuvent marchander les notes à attribuer aux élèves et étudiants. Ne parlant pas de cette «élite» fière de sa richesse et qui croit que les honnêtes citoyens ne savent pas qu’elle s’est enrichie en truandant l’état ou ses organismes comme la douane, la cnas ou le fisc.

Noureddine Boukrouh nous a qualifié de « ghachi » et a mon avis il n’a pas tort. Il a seulement oublié de préciser que tout peuple trahi par son élite ne peut être que « ghachi ». Parmi les peuples « ghachi », notre peuple se distingue par certaines qualités qui lui sont propres mais niées par les gouvernants, théoriquement élite parmi l’élite. Du haut de leurs fauteuils, roulants ou pas, ils ne voient pas la société. Le peuple ne croit pas qu’ils travaillent pour la société. Le peuple pense qu’ils travaillent pour leurs propres objectifs dont le plus ressent consiste à avoir une garçonnière a Paris. Ils ont oublié que ce peuple, aujourd’hui «ghachi» possède ses propres qualités. Même un général colonialiste en a témoigné : « Notre seul supériorité sur eux c’est notre artillerie, et ils le savent. Ils ont plus d’esprit et de sens que les européens, et on trouvera un jour d’immenses ressources chez ces gens là qui savent ce qu’ils ont été… « (Duc de Rovigo).

Après 1962, ces « immenses ressources rares » ont été gelées et si ce peuple est devenu « ghachi » et n’est pas arrivé à construire l’Algérie après la guerre de libération, c’est a cause de ses chefs, son élite : du contremaître, sergent dans l’armée ou chef de bureau au général et au président.

La crise qui arrive sera-t-elle fatale à la contrefaçon ou a la nation ? Tout dépend de ce que voudra et pourra faire l’élite authentique, militaire et civile.

Noureddine Mosli

(1) « La guerre d’Algérie- dossier et témoignages »-, P. Eveno et J. Planchais, éd. Laphomic/Alger

Source : lematindz.net

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