La triste destinée de Mhend Ameghbun. Par Hammar Boussad



Les écrivains, les chanteurs, les journalistes, les artistes d’une manière générale parlent beaucoup des mendiants qui demandent l’aumône pour acheter des choses matérielles, vitales à leur survie dans cette jungle de vie, comme le pain et le lait. Mais, ils parlent très peu des malheureux mendiants d’amour qui revendiquent un sourire, un mot gentil, une petite attention, un câlin…

Les gens deviennent de plus en plus égoïstes, stressées, matérialistes, agressives, méchantes…Ils recherchent désespérément leurs illusions perdues dans les réseaux sociaux pour fuir la solitude, la monotonie et la froideur qu’ils ont installées ensemble par leurs comportements faits de hauteur et de mépris envers leurs semblables censés être des frères, des amis sociables et humains.

Enrico Mascias a composé une belle chanson pour cette catégorie de gens :   « Donnez, donnez, donnez, donnez-moi de l’amour, surtout pas d’argent… »  Idem pour le chanteur Kabyle  Ali Meziane qui chante avec sa voix de velours : « D agellil n tayri, ssuturegh tin Rebbi… », sans oublier la plus charmante des princesses Lady Diana qui disait : « Le grand mal de ce siècle est le manque d’amour. »

Mhend Ameghbun fait partie de cette catégorie de gens qui souffrent en silence dans l’indifférence totale de ceux qui se prétendent humains. Il n’en finit pas avec ses déboires de toutes sortes même si dans la balance, les tourments affectifs pèsent plus lourds et lui font beaucoup plus mal. Il ne sait même pas manipuler un ordinateur pour pouvoir naviguer sur internet à la recherche des chimères : l’amour et l’amitié virtuels. Même le mur des lamentations fait la sourde oreille à ses plaintes et ses revendications.

Mhend ameghbun est natif de la région des At Weghlis. Il y’a longtemps qu’il n’a pas reçu la moindre marque d’affection. Sa femme orpheline dès sa tendre enfance ne sait plus ce que c’est la tendresse pour pouvoir la transmettre à son tour à son mari. Quand elle termine ses travaux ménagers, elle fait ses ablutions et prie sans arrêt. Quand elle cesse de prier, elle lit interminablement le coran et jeûne la moitié de l’année. Elle passe plus de temps à la mosquée qu’à la maison. Ses yeux et son cœur sont froids comme la glace.

Mhend Ameghbun décide de se joindre  aux mendiants de sa commune non pas pour quémander de l’argent mais pour mendier de l’amour. Il écrit sur un carton toute la chanson d’Enrico Macias intitulée : « Mendiant d’amour. »    Un dessinateur charitable lui a illustré gratuitement deux mains tendues. Celle demandant de l’argent est barrée par un sens interdit et un squelette. L’autre main est ornée d’un cœur blessé en pleurs. Il s’assoit sur le trottoir à côté des autres mendiants en brandissant sa pancarte. Mais, les mendiants voient dans cette nouvelle stratégie bizarre et originale, une manière déloyale de détourner le marché de la mendicité à son seul profit. Solidaires, ils le chassent à coups de pieds et de poings de toutes les artères névralgiques de la ville.

Mhend Ameghbun se retire dans une ruelle secondaire, isolée et non-fréquentée. Hélas ! Après une journée infructueuse, il comprit qu’il n’est pas le bienvenu dans le lobby dur et fermé de la mendicité.

Pauvre Mhend, il ne risque pas de retrouver le sourire et de vivre un jour heureux. On a confié à un poète pessimiste le soin de traduire ses sentiments. Sa destinée dépendra de mon imagination et de mon inspiration.

Par Hammar Boussad.

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