Trump renonce aux votes noirs



EléctionsLe bâtisseur de casinos a parié jeudi soir à Cleveland sur sa capacité à mobiliser un nombre record d’électeurs blancs.

Donald Trump, le bâtisseur de casinos, a fait un pari risqué lors de la clôture de la convention républicaine jeudi soir à Cleveland. Après avoir accepté l’investiture de son parti, le milliardaire de 70 ans a tout misé sur le vote blanc pour tenter de remporter l’élection présidentielle de novembre. Corollaire: il a provisoirement enterré les efforts pour inclure les minorités que les conservateurs avaient entrepris depuis leur défaite face à Barack Obama en 2012.

S’adressant à une assemblée en majorité blanche et âgée, il a décrit une Amérique au bord du chaos à cause des immigrés clandestins, qui menacent des «citoyens pacifiques», à cause du libre-échange, des meurtriers de policiers et des «barbares de l’Etat islamique». Et il a proposé un remède messianique – «Moi seul peux réparer ça» – sans préciser comment il comptait s’y prendre.

Drague des classes ouvrières blanches

En ouverture de la dernière soirée de la convention, le pasteur fondamentaliste Jerry Falwell avait décrit le candidat Donald Trump comme un «milliardaire au col bleu». Le magnat de l’immobilier s’est efforcé de durcir le trait: «Je suis entré en politique afin que les puissants ne puissent plus taper sur des gens qui ne peuvent pas se défendre.» Donald Trump n’a cependant guère laissé planer le doute sur la couleur de peau des opprimés dont il affirme être la voix. Il parie sur la mobilisation des classes ouvrières blanches frappées par les délocalisations pour contrer la coalition multiethnique de son adversaire démocrate Hillary Clinton.

Lors d’un récent sondage NBC News/Wall Street Journal, Donald Trump a récolté 0% d’intention de vote chez les Noirs dans l’Ohio et en Pennsylvanie, deux Etats clés pour la Maison-Blanche. Un autre sondage montre que 88% des Hispaniques ne l’aiment pas. En 2012, Mitt Romney avait été facilement battu par Barack Obama malgré une avance de 17 points sur le président auprès des électeurs blancs. Le républicain avait plafonné à 23% du vote latino, une proportion qui semble hors de portée de Donald Trump aujourd’hui.

«Beaucoup d’Etats clés sont bien plus métissés qu’en 2012.»

Les experts estiment que pour que Donald Trump soit élu, celui-ci devra creuser un écart de 25 points sur Hillary Clinton auprès des électeurs blancs, au lieu des 18% qu’il possède en ce moment. «Hillary Clinton pourrait être la première démocrate depuis son mari en 1996 à remporter le vote des femmes blanches», précise Geoff Skelly, un expert de l’Université de Virginie. «Et beaucoup d’Etats clés sont beaucoup plus métissés qu’en 2012.»

Dans ce contexte, la stratégie de Donald Trump consiste à réveiller les peurs de l’Amérique blanche et populaire. Avant de quitter Cleveland hier matin, le milliardaire a mis en garde les républicains qui seraient réticents à le soutenir: «Quoi que vous pensiez de Donald Trump, vous n’avez pas d’autre choix (ndlr: que de voter pour lui) si vous croyez en la Constitution», a-t-il martelé. «Ça me fait de la peine d’avoir à vous dire ça.» (24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Jean-Cosme Delaloye

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