«Un incident militaire peut tout faire déraper»



Guerre en SyrieInterview du chercheur Camille Grand, pour qui le risque de conflagration régionale ou générale est bien réel.

Après cinq ans de guerre et plus de 260 000 morts, les multiples confrontations armées qui se jouent en Syrie, au mépris du droit de la guerre et des populations civiles, présentent-elles des risques de conflagration régionale, voire générale? Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique répond.
L’accord de Munich qui prévoit une cessation des hostilités est-il enterré?

Nous verrons demain, mais la probabilité de sa mise en œuvre est faible. L’hypothèse optimiste, c’est que le régime et ses alliés tirent profit des derniers jours pour gagner des positions. La pessimiste, c’est qu’Assad et la Russie qui ont une définition large du terrorisme, continuent de frapper les rebelles, en miroir des frappes occidentales contre Daech. Dans cet accord, il n’y a par ailleurs aucune perspective politique. Dès lors, on voit mal comment on pourrait convaincre les forces anti-Bachar de déposer les armes.

Y a-t-il un risque de conflagration régionale, voire générale?

Les frictions sur le terrain militaire et politique se sont multipliées entre Russes et Turcs depuis que l’aviation turque a abattu un chasseur russe. Personne ne souhaite une confrontation directe, mais un autre incident grave peut tout faire déraper. En outre, Ankara ne peut accepter qu’un Kurdistan autonome s’installe à sa frontière en Syrie, comme il s’est créé en Irak. D’autant que les combattants du YPG syrien sont proches du PKK turc. Par ailleurs, l’Arabie saoudite ne renoncera pas à faire chuter Bachar el-Assad, qui est l’allié de l’Iran, alors qu’elle combat au Yémen et sur son sol des chiites soutenus par Téhéran.

La Turquie et l’Arabie saoudite parlent d’envoyer des troupes au sol, est-ce crédible?

L’armée turque a une réelle capacité militaire. Mais on voit mal Ankara bouger contre l’avis des Américains, qui, eux, ne veulent pas d’une escalade. On a du mal à imaginer une telle coalition au sol.

L’aviation syrienne et russe ont délibérément visé de nombreux hôpitaux. C’est une stratégie?

Cela rappelle la tactique employée par l’armée russe lors du siège de Grozny en Tchétchénie. Syriens et Russes veulent ainsi priver les rebelles de toute infrastructure et leur rendre la vie impossible.

Bachar el-Assad a déclaré qu’il allait reconquérir toute la Syrie. Le peut-il?

Il peut maintenir son emprise sur la Syrie utile (à l’ouest) et progresser. Mais sa victoire militaire sera une victoire à la Pyrrhus. Avec 4 millions d’exilés, 7 millions de déplacés et les exactions du régime, cela ne réinstallerait pas sa légitimité auprès des Syriens. (24 heures)

Source : Par Olivier Bot

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