Un site à sensation relance le débat sur la presse



Etats-UnisLe site d’information à sensation Gawker a été la victime d’une vengeance d’un milliardaire.

Victime d’une vengeance personnelle, le site d’information à sensation Gawker est au centre d’un débat sur la liberté de la presse, dans lequel s’impliquent plusieurs grandes fortunes d’internet. Jusqu’où peut aller Gawker? La question revient sans cesse depuis mercredi.

Elle aurait pu se poser pour bien d’autres sites, magazines ou chaînes à sensation, mais à la faveur d’un procès médiatique, tous les regards se sont soudain tournés vers ce blog.

Mi-mars, Gawker a été condamné à verser 140 millions de dollars au catcheur américain Hulk Hogan, pour avoir diffusé une vidéo le montrant en train d’avoir une relation sexuelle avec la femme d’un de ses amis.

Mercredi, rebondissement, le miliardaire Peter Thiel, cofondateur d’eBay, sort du bois et annonce avoir payé la défense d’Hulk Hogan, soit dix millions de dollars environ.

Une simple vengeance

Même s’il s’en défend, l’affaire a tout de la vengeance, car un blog de Gawker avait révélé l’homosexualité de Peter Thiel en 2007.

L’investisseur allemand reproche à Gawker ses méthodes qui visent à «attirer l’attention en brutalisant les gens», a-t-il expliqué au New York Times.

Cette stratégie a lancé un débat autour de la liberté de la presse et du pouvoir des grandes fortunes d’internet.

Dans une situation financière précaire, Gawker compte sur l’appel pour lui éviter une condamnation définitive, qui ferait imploser ce petit groupe de médias incapable d’honorer une facture de 140 millions de dollars.

Vendredi, un autre groupe de presse, First Look Media, créé par le fondateur d’eBay Pierre Omidyar pour aider des journalistes indépendants, a indiqué à l’AFP se préparer à se joindre à la procédure en cours pour soutenir Gawker, confirmant une information du site du New York Post.

Tout comme en France, un tiers peut demander à se joindre à une procédure, principalement en faisant valoir que les conséquences de la décision judiciaire pourraient avoir des répercussions au-delà des deux parties en cause.

Vers une bataille de géants

Si la démarche se concrétisait, elle sortirait Gawker de son isolement et pourrait faire évoluer le débat judiciaire de la protection de la vie privée vers la liberté d’expression, protégée par le premier amendement de la Constitution américaine.

«Pour être clair, il s’agit des principes de la liberté de la presse sur lesquels a été fondée notre entreprise et auxquels nous sommes profondément attachés», a commenté Lynn Oberlander, responsable juridique de First Look Media, dans une déclaration transmise à l’AFP.

Une formule de First Look Media laisse penser que le groupe tente de fédérer autour de lui plusieurs sociétés avant de se lancer.

«Le soutien au niveau de l’appel est le bienvenu», a réagi Gawker Media, la maison mère du groupe, dans un communiqué tranmis vendredi à l’AFP.

L’implication de First Look Media mettrait aussi aux prises, indirectement, le fondateur d’eBay, Pierre Omidyar, et son cofondateur, Peter Thiel. Vendredi, Pierre Omidyar, américain né en France, est monté au créneau.

«Ceux qui ne comprennent pas pourquoi il est important de protéger même la presse de mauvais goût devraient lire cela», a-t-il tweeté, donnant la référence d’un ouvrage sur le premier amendement.

Il a cependant assuré, un peu plus tard, dans un autre message sur son compte Twitter, qu’il n’y avait pas de «contentieux» entre Peter Thiel et lui.

Pour l’instant, Pierre Omidyar est largement minoritaire parmi les personnalités d’internet qui se sont exprimées publiquement sur le sujet.

Ethique et chasse à l’audience

«Les journalistes qui font la chasse aux clics doivent recevoir une leçon», a estimé l’investisseur de la Silicon Valley, Vinod Khosla, sur son compte Twitter.

«Il y a beaucoup moins d’éthique et beaucoup plus de chasse à l’audience dans la presse aujourd’hui. Je suis avec #thiel», a-t-il ajouté.

«Merci @peterthiel», a écrit Jessica Livingston, cofondatrice de l’incubateur de start-ups Y Combinator.

Le sujet des relations entre les grandes fortunes et les médias dépasse largement le débat d’idées.

Le fondateur d’Amazon Jeff Bezos a ainsi racheté le Washington Post en 2013, et John Henry a lui fait l’acquisition du Boston Globe la même année. (afp/nxp)

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