Une situation de plus en plus critique Le triste sort du tourisme saharien



Le tourisme saharien n’a certes pas besoin d’une guerre à ses frontières ou d’un acte terroriste pour justifier ses mauvais records, mais le secteur peut, décidément, s’assoupir en paix pour des délais encore indéterminés au grand dam des amoureux du Grand désert.

Que la situation ait été menée avec succès au niveau du site gazier d’In Amenas et que bon nombre d’otages soient sauvés par les forces de l’armée algérienne, le tourisme saharien, lui, peut déplorer «sa prise en otage» avec cette attaque terroriste. Du point de vue des professionnels, la situation n’a nul besoin d’attendre les bilans de la saison touristique dans le Grand Sud pour livrer ses maux.

«C’est le silence le plus total» nous déclare un responsable d’une agence touristique à Tamanrasset. Joint par téléphone, Abdalwahab H., un guide touristique, qui parcourait, autrefois, le circuit Tassili-Ahagar, nous fait savoir que les déplacements dans ces circuits sont de plus en plus prudents et ne comptent pas des touristes, «les choses vont de mal en pis.

Notre ville n’a accueilli que quelques centaines de touristes étrangers en 2012. Leur nombre frôlait la barre de 2000 en 2011. Moi, j’ai vendu mon 4X4 et je l’ai remplacé par un taxi. Je travaille depuis plusieurs mois dans le centre-ville et j’ai beaucoup de mal à m’y adapter.

C’est une partie de moi que j’ai laissée dans mon ancien circuit. Ça me manque tellement de f a i r e découvrir l’Ahaggar aux touristes étrangers ou locaux. Hélas, des lois qui nous dépassent ont décidé autrement» regrette ce guide avec beaucoup de nostalgie vouée à un passé pas très lointain…

Un autre témoignage d’un guide touristique de Djanet nous a indiqué, via téléphone, que le recul de l’affluence des touristes dans le désert remonte à plusieurs mois et n’est pas lié uniquement à ce qui se passe au Mali ou à l’attaque terroriste du site gazier de Tiguentourine, «il est vrai que les derniers événements à In Amenas et au Mali ne vont pas faire bonne promotion pour l’image du tourisme saharien mais il est aussi vrai que le secteur n’a jamais été protégé et défendu par une vraie stratégie dans cette région».

La même source souligne également que durant le réveillon 2013, le circuit de Djanet a été fermé aux touristes, pour des raisons sécuritaires, ce qui a engendré l’annulation du voyage de plusieurs touristes étrangers depuis le mois de décembre, notamment ceux des fêtes de fin d’année …

Ce qu’il faut relever outre l’entrée dans le coma du tourisme saharien dans ces régions les plus ravissantes, Tamanrasset et Djanet en l’occurrence, c’est l’impact de cette situation sur le marché de l’emploi puisqu’il repose essentiellement sur les activités touristiques (hôtellerie, restauration, artisanat, agence de tourisme, chameliers, guides …).

Tandis que les professionnels du tourisme du Grand désert déplorent cette agonie en tirant la sonnette d’alarme, certains gouvernements ordonnent à leurs ressortissants d’éviter tout déplacement au sud et au centre de l’Algérie, «en raison de la persistance d’un risque terroriste élevé dans la région»…

La France et les USA sont, en fait, les premiers à procéder à de telles notes. Ironie du sort, avant même que les multiples tentatives, pas suffisamment sérieuses, des autorités de mettre en valeur les atouts touristiques de cette région, la prise en otages des touristes étrangers vient pourchasser le peu d’habitués qui existaient déjà.

Dans ses prévisions, le département du Tourisme s’est fixé, pour 2015, un pari de 2,5 millions de touristes européens, notamment français. La seule chose dont on est sûr c’est qu’un nombre important de «touristes armés» français se sont déjà rendus aux frontières (extérieures) du Grand Sud, le reste ce n’est que silence, désert, regret et interrogations. Le tourisme peut toujours attendre…

Y.A.

Source : Le jour d Algerie

Le jour d Algerie

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