Vacances : à Béjaïa, le tourisme à l’heure de l’austérité



Depuis le début de la saison estivale, la circulation automobile sur la Route nationale n°9, reliant Béjaïa à Sétif, est relativement fluide comparativement à l’été 2015, où des embouteillages monstrueux s’y formaient quasiment quotidiennement.

La RN9 est le principal axe routier permettant aux habitants de plusieurs régions de Setif, M’sila, Bordj Bou Arreridj et sud du pays, de se rendre sur les plages de la côte est de Béjaïa qui ne connaît pas le grand rush des estivants en ce mois d’août. Les agences immobilières et les vendeurs saisonniers de fruits sur la RN9 ont constaté une baisse significative des touristes. La crise économique est l’une des raisons avancées pour expliquer le recul du nombre d’estivants.

Crise économique

« Effectivement, comparé à l’année passée, il y a un léger reflux des estivants qu’on peut constater à travers la fluidité de la circulation même dans les centres urbains comme Tichy, mais la crise économique n’explique pas tout », soutient Yazid Touati, propriétaire de Logimmo, une agence immobilière implantée à Tichy, station balnéaire aux plages appréciées, lieu de prédilection de nombreux touristes et estivants.

« Il faut prendre en compte le fait que cette année la période estivale s’est étalée sur presque deux mois, donc les vacanciers ne se sont pas concentrés sur la même période de congé », explique-t-il.

Reste que la cherté de la vie, la crise économique et l’inflation semblent avoir eu raison des plus téméraires. À cela s’ajoute des prix prohibitifs pratiqués par les commerçants et les restaurateurs durant cette période propice à toute sorte de « petits business », et le problème d’hébergement.

Faute de pouvoir s’offrir des places dans des hôtels, au nombre très limité, en dépit de quelques promotions proposées par certains établissements, de nombreuses familles se rabattent sur la location d’appartements.

Activité devenue très lucrative pour certains « bureaux d’affaires », comme on les appelle ici et qui concurrencent de façon déloyale les agences immobilières agréées, la location est devenue chère au fil des ans pour de nombreuses familles y compris pour les habitués des séjours de la côte est, notamment à Melbou, Souk-El-Tenine et Aokas.

Tahar habite à Sétif, à une centaine de kilomètres de la côte est de Béjaïa. Il y connaît les lieux et au fil des années, il est devenu un habitué de la plage de Melbou, un endroit magnifique entre Béjaïa et Jijel.

« Il y a quelques années, je passais jusqu’à une vingtaine de jours, mais cette année, j’ai loué pour juste une semaine, la location est devenue chère », regrette-t-il.

Des prix élevés, l’informel règne

Les appartements sont loués entre 5000 et 7000 DA la nuitée et les prix évoluent en fonction des commodités dont ils disposent (comme la climatisation, par exemple) et la multiplication des intermédiaires. Il faut faire avec les coupures d’eau et l’absence de gaz de ville. Les touristes doivent se débrouiller avec des bouteilles de gaz butane, ce qui n’est toujours pas de tout repos. « Ce qui impacte les prix, c’est la multiplication des intermédiaires car beaucoup travaillent dans l’informel », explique Touati Yazid.

Aussi le mois de ramadhan, l’aïd Esseghir, la proximité de l’aïd El Kebir et la rentrée scolaire ont visiblement contraint beaucoup de familles à renoncer aux vacances. « La crise est ressentie par tous », reconnaît Lyazid, la quarantaine, lui aussi propriétaire d’une agence immobilière sise à Melbou. Même si sa « boîte » a bien travaillé notamment après le mois de ramadan, « on travaille par convention avec de nombreux organismes », explique-t-il, si bien qu’il a dû refuser les demandes émanant d’une dizaine de familles de diverses wilayas (Alger, Sétif, Oum El Bouaghi, Ghardaïa, M’Sila …), faute d’appartements disponibles.

Lyazid ne prédit pas des lendemains qui chantent au regard de la cherté de la vie. « Certains organismes ont dû faire des coupes budgétaires et réduire la durée de séjour et le nombre de familles qui devraient bénéficier des vacances», affirme-t-il.

Une ZET à l’abandon, des investisseurs fantômes

Mais au-delà, c’est sans doute les errements de la politique touristique du gouvernement qui se répercute au niveau local. Faute d’infrastructures de qualité, le tourisme s’est clochardisé et les touristes boudent. À Souk-El-Tenine, les campings, situés au milieu d’une forêt de pins, qui faisaient jadis la réputation de la destination sont affreusement vides, depuis qu’on a décidé la suspension de leur exploitation, étant implantés dans la ZET laquelle attend ses investisseurs. Les projets attribués dans le cadre du Calpiref ne semblent pas près de voir le bout du tunnel. C’est donc naturellement que ses plages, un peu éloignées du centre-ville, sont désertées.

Face à cette situation, l’APC semble désarmée, faute de moyens, comme le reconnaît son président d’obédience RCD, Youcef Rezkini. « Si on arrive à payer les employés d’ici les trois prochains mois, c’est déjà ça », ironise-t-il, comme s’il regrettait que les capacités financières des mairies soient limitées et que l’essentiel des décisions concernant les projets sectoriels relève de la wilaya. Et rien ne dit, qu’au rythme de la crise, les prochaines saisons risquent d’être encore plus difficiles pour le tourisme local. « On hésite de fixer les prix d’ici l’année prochaine pour louer à cause de la dépréciation continue du dinar », soupire Yazid Touati. Ce n’est probablement pas sans raison que les Algériens préfèrent aller passer des vacances ailleurs, notamment en Tunisie, au Maroc et en Turquie.

Source : tsa-algerie.com / Ryad Hamadi

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